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Jules Vallès - L'Enfant

- Ce M. Fabre!...

- Mais dame! dit-il un jour, on ne les trouve pas sous les choux.»

J'étais là, quand il lâcha ce: «On ne les trouve pas sous les choux.»

Le mot m'entra dans l'oreille comme une alène et s'y attacha comme de la poix.

M'a-t-on égaré?

Ma mère est revenue. L'affaire d'héritage s'est arrangée, je ne sais trop comment. Je suis retombé sous le
fouet et je ne suis plus libre que les jours où elle est absente par hasard.

Mais le mardi gras, la femme d'un collègue est venue la prendre à l'improviste pour la consulter sur une
toilette, - elle a tant de goût! - et en même temps pour passer la journée. Ma mère n'a pas eu le temps de

m'enfermer. Je suis mon maître, un mardi gras!

Ce jour-là, c'est la coutume que dans chaque rue on élève une pyramide de charbon, un bûcher en forme
de meule, comme un gros bonnet de coton noir avec une mèche à laquelle on met le feu le matin.

On avait dit que ceux de la rue à côté devaient venir démolir notre édifice; il y avait haine depuis
longtemps entre les deux rues. Un polisson, le fils de l'aubergiste du Lion-d'Or, propose de faire

sentinelle avec des pierres et une fronde dans la poche; on a l'ordre de lancer la fronde si l'ennemi

s'avance en masse et de loin, de cogner avec la pierre dans sa main si l'on est surpris et saisi.

Je suis de garde un des premiers.

Voilà que je crois reconnaître le petit Somonat, un de la rue Marescaut, qui passe son nez derrière la
porte de l'église...

Il me semble qu'il fait des signes; ils vont arriver en masse; je serai débordé, tourné. - Que dira le fils de
l'aubergiste, et toute ma rue? Oserai-je y repasser, si je ne me défends pas en héros?

Mon parti est pris: j'ai mon tas de pierres, je charge ma fronde et je la fais claquer, en lançant au hasard
du côté des Marescauts une mitraille de cailloux, qui sifflent dans l'air et dont j'entends le bruit contre les

portes de bois, dans les volets fermés! Je fouille à l'aventure comme on fouille avec le canon. - Je me

figure que je suis au siège d'Arbelles ou à Mazagran. - Si j'avais un drapeau tricolore, je le planterais. -

Cette histoire d'Arbelles, nous l'avons traduite hier dans Quinte-Curce. Celle de Mazagran est

toute fraîche. On ne parle que de cela et du capitaine Lelièvre.

Ah! l'on parlera de moi aussi, - nom de nom!

Je bombarde de pierres tout un quartier, au risque de tuer les gens et d'interrompre l'existence normale
d'une ville.

On sort des maisons et l'on regarde - pas trop - car je manie toujours ma fronde, mais je commence à me
demander comment finira le siège.

J'ai entendu des carreaux tomber, j'ai vu un caillou entrer dans une chambre; j'ai peut-être tué quelqu'un.
On ne riposte pas! Je me suis donc trompé; on n'attaquait point. - Je vais être pris, jugé, mon père perdra

sa place.

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