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Jules Vallès - L'Enfant
fallait de tout; on l'entendait qui disait: «Non; non», d'une voix dure, à travers la porte - et le petit Vincent qui pleurait:
«Je veux rester avec maman!
- Je te donnerai un cheval, avec un pistolet comme celui là.»
Un pistolet! un cheval!
Si mon père m'avait promis cela, et, en plus de m'emmener loin de ma mère! s'il m'avait pris avec lui, sans la redingote à olives et le chapeau tuyau de poêle, quel soupir de joie j'aurais poussé! - à la porte seulement - de peur que ma mère ne m'entendît et ne voulût me reprendre!... Oh! oui, je serais parti!
Le petit Vincent, au contraire, pleurait et s'accrochait aux jupes.
Il y eut encore du bruit... le père qui se fâchait, la mère qui parlait plus haut et l'enfant qui sanglotait... puis la porte s'ouvrit, le burnous blanc passa. Il ne reparut plus.
Il me fit de la peine tout de même. Je le vis qui se cachait au coin de la rue; il regardait la maison d'où il sortait, où étaient sa femme, son enfant; il resta un long moment, l'air triste, et je crus m'apercevoir qu'il pleurait.
Je trouve des pères qui pleurent, des mères qui rient; chez moi, je n'ai jamais vu pleurer, jamais rire; on geint, on crie. C'est qu'aussi mon père est un professeur, un homme du monde, c'est que ma mère est une mère courageuse et ferme qui veut m'élever comme il faut.
Les Vincent, les Fabre et le petit Vingtras forment une colonie criarde, joueuse, insupportable.
«Vous êtes insupportables, Jacques, Ernest...»
C'est la mère Vincent qui veut faire la méchante et qui ne peut pas; c'est le père Fabre qui le dit faiblement, avec un doux sourire de vieux.
«Insupportables! Ah! si je vous y reprends!»
On nous y reprend sans cesse, et on nous supporte toujours.
Braves gens! Ils juraient, sacraient, en lâchaient de salées; mais on disait d'eux: «Bons comme le bon pain, honnêtes comme l'or.» Je respirais dans cette atmosphère de poivre et de poix, une odeur de joie et de santé; ils avaient la main noire, mais le coeur dessus; ils balançaient les hanches et tenaient les doigts écarquillés, parlaient avec des velours et des cuirs; - c'est le métier qui veut ça, disait le grand Fabre. Ils me donnaient l'envie d'être ouvrier aussi et de vivre cette bonne vie où l'on n'avait peur ni de sa mère ni des riches, où l'on n'avait qu'à se lever de grand matin, pour chanter et taper tout le jour.
Puis, on avait de belles alènes pointues. On voyait luire sous la main le museau allongé d'une bottine, le talon cambré d'une botte, et l'on tripotait un cirage qui sentait un peu le vinaigre et piquait le nez.
Braves gens!
Ils ne battaient pas leurs enfants - et ils faisaient l'aumône. Ce n'était pas comme chez nous.
Pendant toute mon enfance, j'ai entendu ma mère dire qu'il ne fallait pas donner aux pauvres: que l'argent
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