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Jules Vallès - L'Enfant
collègue, qui vint le voir, à un moment où ma mère, fatiguée par le voyage, l'attente, l'orage et surtout l'échenillage, faisait un somme.
«Vous direz ceci, je dirai cela. Nous préviendrons Chose. - Pourvu qu'elles ne s'avisent pas de nous reconnaître dans la rue. - Il n'y a pas de danger, au moins?»
J'entendais tout de mon lit, où je reposais à plat ventre, un peu de côté, par instants, et je me demandais ce que ce elles signifiait.
10 Braves gens
Je pourrais à peine dire comment était fait l'appartement dans lequel nous entrâmes, ainsi que je l'ai conté, avec bris de cadre, clignotement de réverbère et raccommodement posthume - si posthume est le mot.
À peine étions-nous installés, qu'un grand événement arriva.
Ma mère dut repartir pour recueillir ou soigner une succession, - celle de la tante Agnès peut-être, et je restai seul avec mon père.
C'est une vie nouvelle, - il n'est jamais là, je suis libre, et je vis au rez-de-chaussée avec les petits du cordonnier et ceux de l'épicière.
J'adore la poix, la colle, le tire-fil: j'aime à entendre le tranchet passer dans le gras du cuir et le marteau tinter sur le veau neuf et la pierre bleue.
On s'amuse dans ce tas de savates, et le grand frère ressemble à mon oncle Joseph. Il est compagnon du Devoir aussi, il a un grade, et quelquefois c'est moi qui attache les rubans à sa canne et brosse sa redingote de cérémonie. Les jours ordinaires, il me laisse planter des clous et prendre des coins de maroquin rouge.
Je suis presque de la famille. Mon père m'a mis en pension chez eux; il dîne je ne sais où, au collège sans doute, avec les professeurs d'élémentaires. Moi, j'avale des soupes énormes, dans des écuelles ébréchées, et j'ai ma goutte de vin dans un gros verre, quand on mange le chevreton.
Ils sont heureux dans cette famille! - c'est cordial, bavard, bon enfant: tout ça travaille, mais en jacassant; tout ça se dispute, mais en s'aimant.
On les appelle les Fabre.
L'autre famille du rez-de-chaussée, les Vincent, sont épiciers.
Madame Vincent est une rieuse. Je les trouve tous gais, les gens que je vois et que ma mère méprise parce qu'ils sont paysans, savetiers ou peseurs de sucre.
Madame Vincent n'est pas avec son mari. On ne l'a vu qu'une fois, vêtu en Arabe, avec un burnous blanc, mais il n'est resté que deux heures, et est reparti.
Il paraît qu'ils sont séparés - judiciairement, je ne sais pas ce que c'est - et il vit en Afrique, en Algère, dit Fabre.
Il était venu pour chercher un de ses fils. Madame Vincent, qui rit toujours, ne riait pas ce jour-là! Il s'en
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