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Jules Vallès - L'Enfant

effet, dans cette ville que traversait, neigeuse et triste, notre fiacre muet.

La maison où la voiture nous descend fait le coin de la rue.

L'entrée est misérable, avec des pierres qui branlent sur le seuil, un escalier vermoulu et une galerie en
bois moisi à laquelle il manque des membres.

Nous faisons trembler ce bois sous nos mains, ces pierres sous nos pieds - ce qui gêne tout le monde. Il
semblait qu'on devait rester muet jusqu'à la fin des siècles. Mon père fait l'affairé.

«Passe devant, dit-il. Il y a une marche ici. Prends garde, un trou là. Tiens-toi à la rampe.»

Il joue avec la clef pendue à son petit doigt; le geste est isolé et saugrenu comme un geste de bébé.

Je traînais le parapluie.

Ordinairement, quand je laisse ce parapluie piquer la robe ou cogner le flanc de ma mère, c'est du
«maladroit» par-ci, du «nigaud» par-là; elle crie, je reçois une gifle.

Je donnerais beaucoup pour recevoir une gifle; ma mère est contente quand elle me donne une gifle, -
cela l'émoustille, c'est le frétillement du hoche-queue, le plongeon du canard, - elle s'étire et rencontre la

joue de son fils. Quelle joie pour une mère de le sentir à sa portée et de se dire: c'est lui, c'est mon enfant,

mon fruit, cette joue est à moi, - clac!

Mais non.

Elle a les bras croisés et les garde cachés sous son châle... Allons! Elle n'est pas disposée à la bonne
humeur.

Mon père use un tas d'allumettes; elles se cassent et font un petit bruit sec qui est tout ce qu'on entend
devant cette porte fermée, dans le corridor que glace le vent, avec ma mère et moi contre le mur comme

des habits de la Morgue.

Jamais moment ne m'a paru plus long.

Enfin une des chimiques prend, et mon père peut introduire la clef dans la serrure...

Nous entrons dans une pièce immense où arrive, par des croisées énormes, la lumière d'un réverbère qui
clignote dans la rue.

Elle tombe en plein sur ma mère, qui se tient immobile et muette, avec la rigidité d'une morte,
l'insensibilité d'un mannequin et la solennité d'un revenant.

....................................

Mais je sauve toujours les situations avec ma tête ou mon derrière, mes oreilles qu'on tire ou mes
cheveux qu'on arrache, en glissant, m'accroupissant ou roulant, comme l'ahuri des pantomimes, comme

l' innocent des escamoteurs.

Je me sens tout d'un coup dégringoler, je tombe!

Il y avait une pelure d'orange sous mon talon; ce dont on s'aperçoit en se penchant vers moi, comme sur
un problème. Je déconcerte les mathématiciens par l'imprévu de mes opérations. - C'est ma mère tout

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