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Jules Vallès - L'Enfant

vivarais comme du lait, - un vivarais qu'on va traire tout mousseux à une barrique qui est près des
vaches...

Les veines se gonflent, les boutons sautent!

On est tous mêlés; maîtres et valets, la fermière et les domestiques, le premier garçon de ferme et le petit
gardeur de porcs, l'oncle Jean, Florimond le laboureur, Pierrouni le vacher, Jeanneton la trayeuse, et

toutes les cousines qui ont mis leur plus large coiffe et d'énormes ceintures vertes.

Après le repas, la danse sur la pelouse ou dans la grange.

Gare aux filles!

Les garçons les poursuivent et les bousculent sur le foin, ou viennent s'asseoir de force près d'elles sur le
chêne mort qui est devant la ferme et qui sert de banc.

Elles relèvent toujours leur coude assez à temps pour qu'on les embrasse à pleines joues.

Je danse la bourrée aussi, et j'embrasse tant que je peux.

Un bruit de chevaux! - Les gendarmes passent au galop...

C'est à la maison Destougnal dans le fond du village; ceux de Sansac sont venus, et il y a eu bataille.

On se tue dans le cabaret.

- Anyn! les gars! - ceux de Farreyrolles en avant!

On franchit les fossés, en se baissant dans la course pour ramasser des pierres; en cassant, dans les
buissons qu'on saute, une branche à noeuds; j'en vois même un qui a un vieux fusil! ils ne crient pas, ils

vont essoufflés et pâles...

Voilà le cabaret!

On entend des bouteilles qui se brisent, des cris de douleur: «À moi, à moi!» comme un sanglot.

C'est Bugnon le Velu qui crie!

Ils se sont jetés sur ce cabaret comme des mouches sur un tas d'ordures; comme j'ai vu un taureau se jeter
sur un tablier rouge, un soir, dans le pré.

Du rouge! il y en a plein les vitres du cabaret et plein les bouches des paysans...

Est-ce du vin du Vivarais ou du sang de Farreyrolles qui coule?

J'ai la tête en feu, car j'ai du sang de Farreyrolles aussi dans mes veines d'enfant!

Je veux y être comme les autres, et taper dans le tas!

Je me sens pris par un pan de ma veste, arrêté brusquement, et je tombe, en me retournant, dans les bras
de ma tante, qui n'a pas empêché ses fils d'aller au cabaret de Destougnal, mais qui ne veut pas que son

petit neveu soit dans cette tuerie.

Ça ne fait rien. Si je peux de derrière un arbre lancer une pierre aux gendarmes, je n'y manquerai pas.

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