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Jules Vallès - L'Enfant
madame Viltare qui criait:
«Si maintenant les fils de pion assassinent les fils de professeur!»
Le petit Viltare m'avait jeté de l'encre sur mon pantalon et mis du bitume dans le cou: je ne l'ai pas assassiné, mais je lui ai donné un coup de poing et un croc-en-jambe..., il est tombé et s'est fait une bosse.
On a amené cette bosse chez le proviseur (qui s'en moque comme de Colin Tampon, qui se fiche de monsieur Viltare comme de monsieur Vingtras), mais qui doit «surveiller la discipline et faire respecter la hiérarchie»; je les entends toujours dire ça. Il m'a fait venir, et j'ai dû demander pardon à M. Viltare, à Mme Viltare, puis embrasser le petit Viltare, et enfin rentrer à la maison pour me faire fouetter.
Ma mère m'avait dit d'être là au quart avant cinq heures.
Ce n'est pas comme ça à Farreyrolles.
Je me suis battu avec le petit porcher, l'autre jour, nous nous sommes roulés dans les champs, arraché les cheveux, cognés, et recognés, il m'a poché un oeil, je lui ai engourdi une oreille, nous nous sommes relevés, pour nous retomber encore dessus!
Et après?
Après? - nous avons rentré nos tignasses, lui, sous son chapeau, moi sous ma casquette, et on nous a fait nous taper dans la main. - On en a ri tout le soir devant le chaudron entre le Bénédicité et les Grâces, et au lieu de me cacher de mon oncle, je lui ai montré que j'avais du sang à mon mouchoir.
C'est le jour du Reinage.
On appelle ainsi la fête du village; on choisit un roi, une reine.
Ils arrivent couverts de rubans. Des rubans au chapeau du roi, des rubans au chapeau de la reine.
Ils sont à cheval tous deux, et suivis des beaux gars du pays, des fils de fermiers, qui ont rempli leurs bourses ce jour-là, pour faire des cadeaux aux filles.
On tire des coups de fusil, on crie hourrah! on caracole devant la mairie, qui a l'air d'avoir un drapeau vert: c'est une branche d'un grand arbre.
Les gendarmes sont en grand uniforme, le fusil en bandoulière, et mon oncle dit qu'ils ont leurs gibernes pleines; ils sont pâles, et pas un ne sait si, le soir, il n'aura pas la tête fendue ou les côtes brisées.
Il y en a un qui est la bête noire du pays et qui sûrement ne reviendrait pas vivant s'il passait seul dans un chemin où serait le fils du braconnier Souliot ou celui de la mère Maichet, qu'on a condamnée à la prison parce qu'elle a mordu et déchiré ceux qui venaient l'arrêter pour avoir ramassé du bois mort.
En revenant de l'église, on se met à table.
Le plus pauvre a son litre de vin et sa terrine de riz sucré, même Jean le Maigre qui demeure dans cette vilaine hutte là bas.
On a du lard et du pain blanc, - du pain blanc!...
On remplit jusqu'au bord les verres; quand les verres manquent, on prend des écuelles et on boit du
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