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Jules Vallès - L'Enfant
DEVANT LES MESSAGERIES
En revenant, je fais le grand tour et je passe devant le Café des Messageries.
L'enseigne est en lettres qui forment chacune une figure, une bonne femme, un paysan, un soldat, un prêtre, un singe.
C'est peint avec une couleur jus de tabac, sur un fond gris, et c'est une histoire qui se suit depuis le C de Café jusqu'à l' S de Messageries.
Je n'ai jamais eu le temps de comprendre.
Il fallait rentrer.
Puis, tandis que je regardais l'enseigne, que ma curiosité saisissait le cotillon de la bonne femme, le grand faux-col du paysan, la giberne du soldat, le rabat du curé, la queue du singe, autour de moi on attelait les chevaux, on lavait les voitures; les palefreniers, le postillon et le conducteur faisaient leur métier, donnaient de la brosse, du fouet ou de la trompe.
Les voyageurs venaient prendre leurs places, retenir un coin.
J'étais là quelquefois à l'arrivée: la diligence traversait le Breuil avec un bruit d'enfer, en soulevant des flots de poussière ou en envoyant des étoiles de boue.
Elle était assaillie par un troupeau de portefaix qui se disputaient les bagages, et vomissait de ses flancs jaunes des gens engourdis qui s'étiraient les jambes sur le pavé.
Ils tombaient dans les bras d'un parent, d'un ami, on se serrait la main, on s'embrassait; c'étaient des adieux, des au revoir, à n'en plus finir.
On avait fait connaissance en route; les messieurs saluaient avec regret des dames, qui répondaient avec réserve:
«Où aurai-je le plaisir de vous retrouver?
- Nous nous rencontrerons peut-être. Ah! voici maman.
- Voici mon mari.
- Je vois mon frère qui arrive avec sa femme.»
Il y avait des Anglais qui ne disaient rien et des commis-voyageurs qui parlaient beaucoup. Tout le monde remuait, courait, s'échappait comme les insectes quand je soulevais une pierre au bord d'un champ.
J'en ai vu pourtant qui restaient là, à la même place, fouillant le boulevard et le Breuil du regard, attendant quelqu'un qui ne venait pas.
Il y en avait qui juraient, d'autres qui pleuraient.
Je me rappelle une jeune femme qui avait une tête fine, longue et pâle.
Elle attendit longtemps...
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