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Jules Vallès - L'Enfant
Autant j'aimais les prairies vertes, l'eau vive, la verdure des haies; autant j'avais le dégoût de cette campagne à arbres courts, à plantes pâles, qui poussent, comme de la barbe de vieux, dans un terrain de sable ou de boue, sur le bord des villes.
Quelques feuilles jaunâtres, desséchées, galeuses, pendaient avec des teintes d'oreilles de poitrinaires.
On avait déshonoré toutes les places, et l'on dérangeait à chaque instant un tourbillon d'insectes qui se régalaient d'un chien crevé.
Pas d'ombre!
Des melons qui ont l'air de boulets chauffés à blanc; des choux rouges, violets, - on dirait des apoplexies, une odeur de poireau et d'oignons!
J'arrive chez M. Soubeyrou.
Je reste, avec le petit malade, dans la serre.
Il est tout pâle, avec un grand sourire et de longues dents, le blanc des yeux taché de jaune; il me montre un tas de livres qu'on lui a achetés pour qu'il ne s'ennuie pas trop.
Un Ésope avec des gravures coloriées.
Je me rappelle encore une de ces gravures qui représentait Borée, le Soleil et un voyageur.
Le voyageur avait de la sueur chocolat qui lui coulait sur le front et un énorme manteau lie-de-vin.
«Veux-tu t'amuser, m'aider à arroser les choux?» me dit le père Soubeyrou, qui tient un arrosoir de chaque main et qui marche le pantalon retroussé, les jambes et les pieds nus, depuis le matin.
Son mollet ressemble, velu et cuit par la chaleur, à une patte de cochon grillé; il a sa chemise trempée et des gouttes d'eau roulent sur le poil de son poitrail.
Non, je ne veux pas m'amuser, aider à arroser les choux!
Si ça l'amuse lui, tant mieux!
Je ne veux pas priver M. Soubeyrou d'un plaisir, et je lui réponds par un mensonge.
«Je suis tombé hier, et je me suis fait mal aux reins.»
J'aime les choux, mais cuits.
Je ne fuis pas le baquet maternel, la vaisselle de mes pères, pour venir tirer de l'eau chez des étrangers.
Je tire assez d'eau comme cela dans la semaine, et je sens assez l'oignon.
Non, M. Soubeyrou, je ne vous suivrai pas à ce puits là-bas: je ne tournerai pas la manivelle, je ne ferai pas venir le seau, je ne me livrerai pas au travail honnête des jardins.
Je suis corrompu, malsain, que voulez-vous!
Mais je ne veux pas tirer d'eau!
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