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Jules Vallès - L'Enfant

C'est ma mère qui a recommandé aux parents du petit garçon de ne pas me laisser me balancer ou me
pendre.

Madame Haussard, la directrice, ne se soucie pas d'être toujours à me surveiller; mais elle m'a fait
promettre d'obéir à ma mère. J'obéis.

Madame Haussard aime bien son fils, autant que ma mère m'aime; et elle lui permet pourtant ce qu'on me
défend!

J'en vois d'autres, pas plus grands que moi, qui se balancent aussi.

Ils se casseront donc les reins?

Oui, sans doute; et je me demande tout bas si ces parents qui laissent ainsi leurs enfants jouer à ces
jeux-là ne sont pas tout simplement des gens qui veulent que leurs enfants se tuent. Des assassins sans

courage! des monstres! qui, n'osant pas noyer leurs petits, les envoient au trapèze - et à la balançoire!

Car enfin, pourquoi ma mère m'aurait-elle condamné à ne point faire ce que font les autres?

Pourquoi me priver d'une joie?

Suis-je donc plus cassant que mes camarades?

Ai-je été recollé comme un saladier?

Y a-t-il un mystère dans mon organisation?

J'ai peut-être le derrière plus lourd que la tête!

Je ne peux pas le peser à part pour être sûr.

En attendant je rôde, le museau en l'air, sous le petit gymnase, que je touche du doigt en sautant comme
un chien après un morceau de sucre placé trop haut.

Mais que je voudrais donc avoir la tête en bas!

Oh! ma mère! ma mère! Pourquoi ne me laissez-vous pas monter sur le trapèze et me mettre la tête en
bas!

Rien qu'une fois!

Vous me fouetterez après, si vous voulez!

Mais cette mélancolie même vient à mon secours et me fait trouver les soirées plus belles et plus douces
sur la grande place qui est devant l'école, et où je vais, quand je suis triste d'avoir vu le trapèze et la

balançoire me tendre inutilement les bras dans le jardin!

La brise secoue mes cheveux sur mon front et emporte avec elle ma bouderie et mon chagrin.

Je reste silencieux, assis quelquefois comme un ancien sur un banc, en remuant la terre devant moi avec
un bout de branche, ou relevant tout d'un coup ma tête pour regarder l'incendie qui s'éteint dans le ciel...

«Tu ne dis rien, me fait le petit de l'École normale, à quoi penses-tu?

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