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Jules Vallès - L'Enfant
«Tu m'avais dit, cependant...
- C'est vrai, oui.»
Je vais dire adieu au journaliste et à Matoussaint. Le journaliste me donne du courage.
«Vous reviendrez, mon cher.
- Écrivez-moi, au moins!
- Oui. Même, dit-il en souriant, si c'est pour vous appeler à l'assaut de l'Élysée.
- Surtout dans ce cas, citoyen!»
24. Le retour
Ah! que la route est triste!
Ma mère voit bien ma douleur et essaye de me consoler, ce qui m'irrite, et je suis forcé de me retenir pour ne pas là brusquer. Je m'en veux de paraître accablé: je n'ai donc pas de courage!
Non, je n'en ai pas; les noms de stations criés à la gare m'entrent dans la poitrine comme des coups de corne.
Beaugency! Amboise! Ancenis!
On signale un château, une ruine; mais c'est tout près de Nantes, cela!
«Jeune homme, nous n'en sommes pas à plus de cinq lieues.
- Oh! mon Dieu!
- Nous y sommes.»
Comme les rues paraissent désertes! Sur le quai où nous demeurons, il y a deux ou trois personnes qui passent, - pas plus. Je reconnais un ancien capitaine sur le banc où je le voyais jadis en allant en classe, puis un nègre en guenilles qui avait des enfants à qui l'on faisait la charité.
Quel silence! on dirait qu'on est dans une campagne.
Je lève les yeux vers la fenêtre de notre appartement.
Mon père est là, maigre, l'air chagrin, immobile.
Il me repoussait quand j'étais petit et qu'on me jetait dans ses bras pour un baiser.
Aussi, chaque fois qu'il y a la solennité d'un départ ou d'une retrouvée, est-ce un embarras pour nous deux!
Il m'offre à embrasser, cette fois, une face pâle, un front de pierre.
Je n'ose pas.
Ma mère nous pousse un peu, j'avance le cou, il tend le sien. Mes cheveux l'aveuglent et sa barbe me pique; nous nous grattons d'un air de rancune tous les deux.
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