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Jules Vallès - L'Enfant

Tout en m'annonçant ses intentions de le sabouler d'importance, ma mère dit:

«Fais tes paquets!»

Nous étions déjà dans le corridor, - le concierge y était aussi.

«Madame, rien ne peut sortir de la maison.

- Les affaires de mon fils! - Je n'aurais pas le droit de prendre son linge? Les chaussettes de mon
enfant!... C'est votre Gnagnagna qui a dit ça?

- Non. C'est le propriétaire, à qui M. Legnagna doit, et qui a donné la consigne. Il y a le boulanger aussi
qui a une note, puis le boucher...

Triste homme, oui, triste homme! Il bousculait les pauvres, car il n'y avait pas que moi qu'il traitât mal.
Tous ceux qui étaient abandonnés ou à prix réduit recevaient ses crachats, et les petits même recevaient

des coups.

Il est bête, - on parle de lui comme d'un type, entre pensions. On emploie son nom pour dire cuistre, bêta
et un peu cafard.

Le raisonnement que vient de me tenir ma mère, l'argument de la vache, m'a ôté des scrupules, m'a
frappé.

Cette vache... c'est vrai! Ils ne m'ont pas pris pour mes beaux yeux, bien sûr!

«Non, va, tu peux être tranquille», a repris ma mère, qui lisait mes réflexions dans mon silence et mon
regard.

Je le plains tout de même, ce malheureux. J'obtiens de ma mère qu'elle ne fasse pas de scène, et nous
obtenons du propriétaire qu'il laisse sortir mon trousseau.

On quitte la pension, je ne sais comment. On prend un fiacre pour aller rejoindre les malles que ma mère
a laissées au bureau de la diligence.

Elle murmure toujours des injures contre Legnagna; ce sont des ricanements, des cris: elle le blague et le
bouscule de la voix, du geste, comme s'il était là:

«Voulez-vous bien vous taire! Ah! si vous m'aviez dit ce que vous lui avez dit! (Se tournant vers moi.)
Tu n'as pas eu de coeur de t'être laissé traiter ainsi! Ah! tu n'es pas le fils de ta mère!»

Suis-je un enfant du hasard? Ai-je été fouetté par erreur pendant treize ans? Parlez, vous que j'ai appelée
jusqu'ici genitrix, ma mère, dont j'ai été le cara soboles, parlez!

«Et où allons-nous, maintenant?»

Ma mère me pose cette question quand nous sommes déjà empilés dans la voiture. Le cocher attend.

«Nous n'allons pas coucher dans le fiacre, n'est-ce pas? Voilà un an que tu es à Paris, et tu ne sais pas
encore où mener ta mère, tu ne connais pas un endroit où descendre?»

Je connais la Sorbonne? - Le Sanglier? - Est-ce qu'on lui ferait un lit aux Hollandais?

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