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Jules Vallès - L'Enfant

«Ton brouillon?» fit Anatoly le Pacifique, dès que je rentrai à la pension.

Legnagna arriva, et ils l'épluchèrent ensemble.

Je sais que ma composition est ratée, et maintenant que le souvenir de la face pâle est moins vif et que les
fumées de notre banquet sont évanouies, je me sens chagrin, j'éprouve comme des remords.

Legnagna ne me dit pas un mot. Il me jette un regard de haine.

Le résultat est connu. - Je n'ai rien!

Mais Anatoly n'a rien non plus, la classe n'a rien, le collège n'a pas grand-chose. C'est un désastre pour le
lycée.

Les bûcheurs et les malins n'ont pas fait mieux que moi; ma conscience est plus calme.

La distribution des prix arrive. J'y assiste obscur et inglorieux! Fractis occumbam inglorius
armis!
[10]

Et chacun s'en va...

Moi, je reste.

J'attends une lettre de mon père, et des instructions. Rien ne vient. On me laisse ici à la merci de
Legnagna, qui me hait.

Nous sommes quatre dans la pension.

Un qui n'a pas de parents et dont le tuteur envoie la pension, un créole des Antilles qui ne sort que par
hasard, et un petit Japonais qui ne sort jamais.

Ils payent cher, ceux-là; moi, je suis engagé au rabais, et je devais avoir des prix. Je n'ai rien eu, et je
mange beaucoup.

J'ai écrit. Si mes parents ne viennent pas demain, si je n'ai pas de réponse, je quitte la maison et je pars.

Legnagna me laissera filer, par économie, sans aller chez le commissaire, cette fois.

Oh! ces lettres attendues! ce facteur guetté! mes supplications dont mon père et ma mère se rient!

J'ai presque pleuré dans mes phrases, en demandant qu'on vînt me chercher, parce que Legnagna me
larde de reproches éternels.

«C'était bien assez de me nourrir pendant l'année, il faut qu'il me nourrisse encore pendant les vacances!»

Un jour une scène éclate; mon père est en jeu. Legnagna arrive échevelé.

«Quoi! me dit-il en écumant, je viens d'apprendre que monsieur votre père gagne de l'argent, s'est fait
huit mille, cette année; je viens d'apprendre que j'ai été sa dupe, que je vous ai fait payer comme à un

gueux, quand vous pouviez payer comme un riche. C'est de la malhonnêteté cela, monsieur,

entendez-vous?»

Il frappe du pied, marche vers moi...

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