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Jules Vallès - L'Enfant
Elle était gentille, toute gaie, toute contente, si rose, quand elle arriva.
Au bout de quelque temps, elle n'avait plus de couleurs déjà, et elle avait des frissons comme un chien qu'on bat, quand elle entendait rentrer son père.
Je l'avais embrassée en caressant ses joues rondes et tièdes! aux Messageries, où nous avions accompagné M. Bergougnard, pour la recevoir comme un bouquet.
Dans les derniers temps (ah! ce ne fut pas long, heureusement pour elle!) elle était blanche comme la cire; je vis bien qu'elle savait que toute petite encore elle allait mourir, - son sourire avait l'air d'une grimace. - Elle paraissait si vieille, Louisette, quand elle mourut à dix ans, - de douleur, vous dis-je!
Ma mère vit mon chagrin le jour de l'enterrement.
«Tu ne pleurerais pas tant, si c'était moi qui étais morte?»
Ils m'ont déjà dit ça quand le chien est crevé.
«Tu ne pleurerais pas tant.»
Je ne dis rien.
«Jacques! quand ta mère te parle, elle entend que tu lui répondes... - Veux-tu répondre?»
Je n'écoute seulement pas ce qu'ils disent, je songe à l'enfant morte, qu'ils ont vu martyriser comme moi, et qu'ils ont laissé battre, au lieu d'empêcher M. Bergougnard de lui faire mal; ils lui disaient à elle qu'elle ne devait pas être méchante, faire de la peine à son papa!
Louisette, méchante! cette miette d'enfant, avec cette voix tendre et ce regard mouillé!
Voilà que mes yeux s'emplissent d'eau, et j'embrasse je ne sais quoi, un bout de fichu, je crois, que j'ai pris au cou de la pauvre assassinée.
«Veux-tu lâcher cette saleté!»
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Ma mère se précipite sur moi. Je serre le fichu contre ma poitrine; elle se cramponne à mes poignets avec rage.
«Veux-tu le donner!
- C'était à Louisette...
- Tu ne veux pas? - Antoine, vas-tu me laisser traiter ainsi par ton fils?»
Mon père m'ordonne de lâcher le fichu.
«Non, je ne le donnerai pas!
- Jacques!» crie mon père furieux.
Je ne bouge pas.
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