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Jules Vallès - L'Enfant
Mais sa petite soeur! - ô mon Dieu!
Elle était restée chez une tante, au pays. La tante est morte, on a renvoyé l'enfant. Pauvre innocente, chère malheureuse!
Mon coeur a reçu bien des blessures, j'ai versé bien des larmes! J'ai cru que j'allais mourir de tristesse plus d'une fois, mais jamais je n'ai eu devant l'amour, la défaite, la mort, des affres de douleur, comme au temps où l'on tua Louisette devant moi.
Cette enfant, qu'avait-elle donc fait? On avait raison de me battre, moi, parce que, quand on me battait, je ne pleurais pas, - je riais quelquefois même parce que je trouvais ma mère si drôle quand elle était bien en colère, - j'avais des os durs, du moignon, j'étais un homme.
Je ne criais pas, pourvu qu'on ne me cassât pas les membres, - parce que j'aurais besoin de gagner ma vie.
«Papa, je suis un pauvre, ne m'estropie pas!»
Mais la mignonne qu'on battait, et qui demandait pardon, en joignant ses menottes, en tombant à genoux, se roulant de terreur devant son père qui la frappait encore... toujours!...
«Mal, mal! Papa, papa!»
Elle criait comme j'avais entendu une folle de quatre-vingts ans crier en s'arrachant les cheveux, un jour qu'elle croyait voir quelqu'un dans le ciel qui voulait la tuer!
Le cri de cette folle m'était resté dans l'oreille, la voix de Louisette, folle de peur aussi, ressemblait à cela!
«Pardon, pardon!»
J'entendais encore un coup; à la fin je n'entendais plus rien, qu'un bruit étouffé, un râle.
Une fois je crus que sa gorge s'était cassée, que sa pauvre petite poitrine s'était crevée, et j'entrai dans la maison.
Elle était à terre, son visage tout blanc, le sanglot ne pouvant plus sortir, dans une convulsion de terreur, devant son père froid, blême, et qui ne s'était arrêté que parce qu'il avait peur, cette fois, de l'achever.
On la tua tout de même. Elle mourut de douleur à dix ans....................
De douleur!... comme une personne que le chagrin tue.
Et aussi du mal que font les coups!
On lui faisait si mal! et elle demandait grâce en vain.
Dès que son père approchait d'elle, son brin de raison tremblait dans sa tête d'ange....................
Et on ne l'a pas guillotiné, ce père-là! on ne lui a pas appliqué la peine du talion à cet assassin de son enfant, on n'a pas supplicié ce lâche, on ne l'a pas enterré vivant à côté de la morte!
«Veux-tu bien ne pas pleurer», lui disait-il, parce qu'il avait peur que les voisins entendissent, et il la cognait pour qu'elle se tût: ce qui doublait sa terreur et la faisait pleurer davantage.
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