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Jules Renard - Poil de Carotte
Poil de Carotte: Ce serait long. D'ailleurs, ne t'aperçois-tu de rien?
Monsieur Lepic: Si. J'ai remarqué que tu boudais souvent.
Poil de Carotte: Ça m'exaspère qu'on me dise que je boude. Naturellement, Poil de Carotte ne peut garder une rancune sérieuse. Il boude. Laissez-le. Quand il aura fini, il sortira de son coin, calmé, déridé. Surtout n'ayez pas l'air de vous occuper de lui. C'est sans importance.
Je te demande pardon, mon papa, ce n'est sans importance que pour les père et mère et les étrangers. Je boude quelquefois, j'en conviens, pour la forme, mais il arrive aussi, je t'assure, que je rage énergiquement de tout mon coeur, et je n'oublie plus l'offense.
Monsieur Lepic: Mais si, mais si, tu oublieras ces taquineries.
Poil de Carotte: Mais non, mais non. Tu ne sais pas tout, toi, tu restes si peu à la maison.
Monsieur Lepic: Je suis obligé de voyager.
Poil de Carotte, _avec suffisance_: Les affaires sont les affaires, mon papa. Tes soucis t'abosorbent, tandis que maman, c'est le cas de te le dire, n'a pas d'autre chien que moi fouetter. Je me garde de m'en prendre à toi. Certainement je n'aurais qu'à moucharder, tu me protégerais. Peu à peu, puisque tu l'exiges, je te mettrai au courant du passé. Tu verras si j'exagère et si j'ai de la mémoire. Mais déjà, mon papa, je te prie de me conseiller. Je voudrais me séparer de ma mère. Quel serait, à ton avis, le moyen le plus simple?
Monsieur Lepic: Tu ne la vois que deux mois par an, aux vacances.
Poil de Carotte: Tu devrais me permettre de les passer à la pension. J'y progresserais.
Monsieur Lepic: C'est une faveur réservée aux élèves pauvres. Le monde croirait que je t'abandonne. D'ailleur, ne pense pas qu'à toi. En ce qui me concerne, ta société me manquerait.
Poil de Carotte: Tu viendras me voir, papa.
Monsieur Lepic: Les promenades pour le plaisir coûtent cher, Poil de Carotte.
Poil de Carotte: Tu profiterais de tes voyages forcés. Tu ferais un petit détour.
Monsieur Lepic:
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