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Jules Renard - Poil de Carotte
Poil de Carotte prend les deux perdrix. On lui donne obligeamment les indications d'usage:
- Serre-les là, tu sais bien, au cou, à rebrousse-plume.
Une pièce dans chaque main derrière son dos, il commence.
Monsieur Lepic: Deux à la fois, mâtin!
Poil de Carotte: C'est pour aller plus vite.
Madame Lepic: Ne fais donc pas ta sensitive; en dedans, tu savoures ta joie.
Les perdrix se défendent, convulsives, et, les ailes battantes, éparpillent leurs plumes. Jamais elles ne voudront mourir. Il étranglerait plus aisément, d'une main, un camarade. Il les met entre ses deux genoux, pour les contenir, et, tantôt rouge, tantôt blanc, en sueur, la tête haute afin de ne rien voir, il serre plus fort.
Elles s'obstinent.
Pris de la rage d'en finir, il les saisit par les pattes et leur cogne la tête sur le bout de son soulier.
- Oh! le bourreau! le bourreau! s'écrient grand frère Félix et soeur Ernestine.
- Le fait est qu'il raffine, dit madame Lepic. Les pauvre bêtes! je ne voudrais pas être à leur place, entre ses griffes.
M. Lepic, un vieux chasseur pourtant, sort écoeuré.
- Voilà! dit Poil de Carotte, en jetant les perdrix mortes sur la table.
Madame Lepic les tourne, les retourne. Des petits crânes brisés du sang coule, un peu de cervelle.
- Il était temps de les lui arracher, dit-elle. Est-ce assez cochonné?
Grand Félix dit: - C'est positif qu'il ne les a pas réussies comme les autres fois.
C'est le Chien
M. Lepic et soeur Ernestine, accoudés sous la lampe, lisent, l'un le journal, l'autre son livre de prix; madame Lepic tricote, grand frère Félix grille ses jambes au feu et Poil de Carotte par terre se rappelle des choses.
Tout à coup Pyrame, qui dort sous la paillason, pousse un grognement sourd.
- Chtt! fait M. Lepic.
Pyrame grogne plus fort.
- Imbécile! dit madame Lepic.
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