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Jules Renard - Poil de Carotte
Mais il en reste un, au bout d'une branche qui plie et le balance. Il hoche la queue, remue la tête, offre son ventre.
Poil de Carotte: Vraiment, je peux le tirer, celui-là, j'en suis sûr.
Grand frère Félix: Ote-toi voir. Oui, en effet, tu l'as beau. Vite, prête-moi ta carabine.
Et déjà Poil de Carotte, les mains vides, désarmé, bâille: à sa place, devant lui, grand frère Félix épaule, vise, tire, et le moineau tombe.
C'est comme un tour d'escamotage. Poil de Carotte tout à l'heure serrait la carabine sur son coeur. Brusquement, il l'a perdue, et maintenant il la retrouve, car grand frère Félix vient de la lui rendre, puis, faisant le chien, court ramasser le moineau et dit:
- Tu n'en finis pas, il faut te dépêcher un peu.
Poil de Carotte: Un peu beaucoup.
Grand fère Félix: Bon, tu boudes!
Poil de Carotte: Dame, veux-tu que je chante?
Grand frère Félix: Mais puisque nous avons le moineau, de quoi te plains-tu? Imagine-toi que nous pouvions le manquer.
Poil de Carotte: Oh! moi...
Grand frère Félix: Toi ou moi, c'est la même chose. Je l'ai tué aujourd'hui, tu le tueras demain.
Poil de Carotte: Ah! demain.
Grand frère Félix: Je te le promets.
Poil de Carotte: Je sais? tu me le promets, la veille.
Grand frère Félix: Je te le jure; es-tu content?
Poil de Carotte: Enfin!...Mais si tout de suite nous cherchions un autre moineau; j'essaierais la carabine.
Grand frère Félix:
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