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Joseph Bertrand - D'Alembert

les partis, pendant un quart de siècle, se maudissent, se déchirent et s'insultent. Pour ceux qui prendraient
intérêt au fond, ils sont rares aujourd'hui, il serait malaisé de les instruire. Pour voir ce venin si bien

caché et comprendre ces subtiles distinctions, il faut regarder de près et avoir de bons yeux.

Quand Dieu veut sauver l'âme, en tout temps, en tout lieu, L'inévitable effet suit le vouloir de Dieu.

L'innocence de ces deux vers semble égaler leur platitude. C'est une dangereuse erreur: ils contiennent
deux hérésies condamnées par la bulle.

Dans les miracles accomplis sur le tombeau d'un appelant, le bienheureux Pâris, les jésuites n'accordaient
aucun sujet de triomphe à leurs adversaires.

Il fallait avant tout définir le mot miracle. Comment espérer sans cela une argumentation solide? Un
miracle, disaient-ils, doit être instantané et complet. Tout ce qui vient de Dieu a d'abord sa perfection.

Ses oeuvres sont achevées suivant la force du terme. C'est une vérité dont Moïse nous est garant.

Quelque chose que Dieu fasse, il est impossible, dit le Sage, d'y ajouter ou d'en retrancher.

Oserait-on prétendre qu'il est impossible d'ajouter à une guérison imparfaite? Elle n'est donc pas l'oeuvre
de Dieu.

Satan, le père du mensonge, qui remue le ciel et la terre pour susciter des ennemis à Dieu parmi les
hommes, ne peut-il pas aussi faire des miracles? On n'en peut pas chrétiennement douter. Les maléfices

sont constants, les histoires en sont remplies, les confessions des malfaiteurs en font foi, les arrêts des

cours souveraines le confirment. Mais le démon n'a pas la toute-puissance, il essaye, il tâtonne, il s'y

reprend à plusieurs fois. Entre sa folle malice et la sage bonté de Dieu, la distinction devient facile.

Les malades guéris à Saint-Médard, après avoir ajouté neuvaines sur neuvaines, ne peuvent être, suivant
cette doctrine, que des imposteurs ou des démoniaques. Un paralytique jette ses béquilles sur le tombeau

du diacre, et rentre à pied chez lui, mais en boitant. Ce n'est pas Dieu qui fait ainsi les choses à

demi, le miracle est un piège, l'apparente promesse une menace, et les convulsions qui la précèdent, les

effets, dans ce lieu maudit, de la rage et de la furie du démon. Il n'est rien de mieux fondé sur les

Écritures.

N'a-t-il pas été dit dans l'Apocalypse: Vae terrae et mari, quia descendit diabolus ad vos habens iram
magnam!

A ces preuves en apparence si solides on opposait l'évidence des faits.

La première oeuvre de Dieu a été la production du chaos, et la terre fut d'abord sans beauté, afin que l'on
apprît que toute créature ne devient parfaite qu'à mesure que Dieu l'enrichit.

L'enfant ressuscité par Élie ne l'a été qu'après que le prophète se fut étendu trois fois sur lui. Le même
prophète, le texte est formel, a envoyé sept fois son serviteur avant que la pluie promise à Achab eût

commencé à tomber. Élisée s'est couché sept fois sur l'enfant de la Sunamite, il a frappé sept fois le

Jourdain. Naaman, qu'il envoya au Jourdain, s'y est baigné sept fois consécutives, et Ezéchias, personne

ne l'ignore, n'a été guéri que le troisième jour; si Dieu eût voulu le guérir subitement, on ne lui

aurait pas promis comme une grande grâce qu'il irait au temple dans trois jours. Comme dans

l'antiphysique de d'Alembert, les faits démentent la théorie.

Cette théorie d'ailleurs suppose ce qui est en question.

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