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Joseph Bertrand - D'Alembert
général de Kiovie, etc. Voilà pour le moment tout ce que je peux vous dire d'eux. Accoutumée à voir répandre par le monde les traits de la plus noire calomnie, je n'ai point été étonnée de celle-ci; une même source peut les avoir produites, aussi ce n'est pas de cela que je m'embarrasse, j'en suis bien consolée par tout ce que vous me dites de flatteur de la part des gens éclairés de votre patrie, à la tête desquels vous vous trouvez.
«Soyez assuré, monsieur, de la continuation de tous les sentiments que vous me connaissez.»
D'Alembert insista, parlant de Phocion, cet Athénien vertueux, estimé et chéri d'Alexandre.
Catherine lui répondit de manière à terminer la correspondance:
«Monsieur d'Alembert, j'ai reçu une seconde lettre écrite de votre main qui contenait mot pour mot la même chose que la première.... Mais, monsieur, permettez-moi de vous témoigner mon étonnement de vous voir un aussi grand empressement pour délivrer d'une captivité qui n'en a que le nom des boutefeux qui soufflaient la discorde partout où ils se présentaient.»
D'Alembert n'écrivit plus à Catherine. En 1782, cependant, le fils de l'impératrice, celui qui fut Paul Ier, venant visiter Paris, voulut se rendre chez d'Alembert, et se montra pour lui plein de respect, faisant allusion en le quittant au désir que sa mère avait eu de lui donner pour précepteur l'illustre Français. Il lui dit en le quittant:
«Vous devez comprendre, monsieur, tout le regret que j'ai de ne pas vous avoir connu plus tôt.»
Si d'Alembert avait tenté de s'immiscer avec Frédéric dans les affaires du gouvernement, il n'aurait pas eu sans doute plus de succès qu'avec Catherine, mais on l'aurait éconduit moins sèchement.
La longue correspondance de Frédéric avec d'Alembert roule sur la philosophie, sur l'amour des lettres et la haine du fanatisme, étendue, sans qu'ils s'en cachent l'un à l'autre, à la religion qui l'inspire. Mais Frédéric, plein de déférence pour le philosophe qu'il admire et qu'il aime, s'il lui permet d'oublier qu'il est roi, entend bien ne jamais l'oublier lui-même.
CHAPITRE VII. D'ALEMBERT ET MADEMOISELLE DE LESPINASSE
D'Alembert dans son enfance n'avait appris ni les belles manières ni l'usage du monde. Sa renommée imposait l'indulgence; rien de lui ne pouvait scandaliser; il riait de tout sans jamais se contraindre, laissant un libre cours à sa verve satirique, déclarant sans colère ses inimitiés et ses griefs. Il semblait toujours, avec des formes libres et gaies, rappeler aux plus hauts personnages qu'en acceptant leurs invitations il trouvait bon qu'on lui en sût gré.
Avec les femmes il était timide, très tendre au fond du coeur, mais fier, facile à décourager et, pour des raisons que l'on ignore, l'ayant été presque toujours quand il avait voulu devenir plus qu'un ami.
Mme du Deffant et Mme Geoffrin, prôneuses et introductrices de d'Alembert dans la société élégante, avaient l'une et l'autre vingt ans de plus que lui. Ces deux amitiés dans leurs meilleurs jours ne pouvaient suffire à son coeur.
Lorsque d'Alembert mourut, Grimm dans sa correspondance raconta une anecdote invraisemblable qu'il faut croire vraie, puisque d'Alembert, qui en est le héros, l'a racontée lui-même, dans une lettre écrite à Condorcet sur Mme Geoffrin.
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