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Joseph Bertrand - D'Alembert

mal définies et mal comprises; d'Alembert ne conserva de ses maîtres en physique que le souvenir de
paralogismes qu'il parodiait avec gaieté.

C'est en songeant à son professeur de physique qu'il avait conçu l'idée d'une antiphysique dans laquelle
on expliquerait et démontrerait, par des raisonnements non moins plausibles que ceux de l'école, le

contraire précisément de la vérité.

On dirait, par exemple: Le baromètre hausse pour annoncer la pluie.

Explication. - Lorsqu'il doit pleuvoir, l'air est plus chargé de vapeurs, par conséquent plus
pesant, par conséquent il doit faire hausser le baromètre.

Ce qu'il fallait démontrer.

L'hiver est la saison où la grêle doit principalement tomber.

Explication. - L'atmosphère étant plus froide en hiver, il est évident que c'est surtout dans cette
saison que les gouttes de pluie doivent se congeler jusqu'à se durcir en traversant l'atmosphère.

Ce qu'il fallait démontrer.

Par malheur pour ces explications, les faits y sont absolument opposés. La baisse du baromètre annonce
la pluie, et la grêle, en été, tombe plus souvent qu'en hiver. Les raisons sont préférables cependant à

celles qu'on invoquait chaque jour dans l'étude de la physique. La liste peut s'étendre, et d'Alembert

formait le projet d'y introduire tous les phénomènes physiques.

D'autres branches d'études, qui réclament aujourd'hui bien du temps et provoquent bien des efforts, ne
jouaient dans les classes aucun rôle. Les plans d'études du XVIIIe siècle ne nous disent pas comment un

excellent élève, comme d'Alembert, apprenait avant de quitter le collège que Charlemagne au IXe siècle

avait renouvelé l'empire, et qu'un saint roi nommé Louis s'était croisé au XIIIe. On pouvait mériter tous

les prix dans toutes les classes sans avoir appris que Madrid est en Espagne et que François Ier y a été

prisonnier de Charles-Quint. Il ne paraît pas que les générations instruites par cette méthode ignorassent

plus que celles d'aujourd'hui la géographie et l'histoire. L'excès du mal était le meilleur des remèdes et

l'ignorance complète le meilleur stimulant. Les jeunes gens qui n'avaient rien appris lisaient les histoires

et consultaient les cartes, à leur jour et à leur heure, quand ils en sentaient le désir et le besoin, avec profit

par conséquent. L'habitude de faire pendant les repas des lectures instructives pouvait aussi laisser

quelques souvenirs, mais il est à croire qu'on n'écoutait guère.

Quoi qu'il en soit, Diderot, Voltaire et d'Alembert, et, au siècle précédent, Corneille, Racine et Bossuet
ont été instruits par cette méthode; leur ignorance a été passagère. Le désir d'apprendre est le meilleur

fruit des premières études. On le fait naître en exerçant l'esprit, non en fatiguant la mémoire. Quand

l'ignorance devient un ennemi, la victoire n'est pas douteuse. Les écoliers du XVIIIe siècle en sortant du

collège ne pouvaient pas s'écrier comme ceux d'aujourd'hui: «Me voilà, grâce à Dieu, débarrassé de mes

études!» Ils ne l'étaient pas, et c'était un grand bien. Le but n'était pas alors de préparer l'élève à une

profession libérale, moins encore à un examen, on lui livrait la source, c'était à lui d'y boire et

d'apprendre, après son entrée dans le monde, suivant ses besoins et son zèle, les vérités utiles ou

utilisables. Le collège l'y préparait par l'étude des bonnes lettres en le rendant capable de parler et de

raisonner des choses avec les honnêtes gens, de lire avec fruit tous les livres, d'en écrire au besoin, en

donnant à son esprit la politesse commune à tous les temps et à toutes les nations. Deux conditions sont

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