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Joseph Bertrand - D'Alembert

«La philosophie, à laquelle les jansénistes avaient déclaré une guerre presque aussi vive qu'à la
Compagnie de Jésus, avait fait malgré eux et par bonheur pour eux des progrès semblables. Les jésuites,

intolérants par système et par état, n'en étaient devenus que plus odieux. On les regardait, si je puis parler

de la sorte, comme les grands grenadiers du fanatisme, comme les plus dangereux ennemis de la raison et

comme ceux dont il lui importait le plus de se défaire. Les parlements, quand ils ont commencé à

attaquer la Société, ont trouvé cette disposition dans tous les esprits. C'est proprement la philosophie qui

par la bouche des magistrats a porté l'arrêt contre les jésuites. Le jansénisme n'a été que le solliciteur.»

C'est à l'occasion de ce passage que l'un des auteurs des deux pamphlets très différents portant tous deux
pour titre le Philosophe redressé a provoqué par l'introduction du nom de Rabsacès l'ironie

dangereuse de Voltaire.

«Quand j'accorderais, dit-il, à ces prétendus destructeurs des jésuites la gloire, dont ils paraissent jaloux,
d'avoir prononcé l'arrêt de leur ruine, est-ce qu'il ne faudra pas toujours dire que c'est Dieu qui s'est servi

de blasphémateurs, Rabsacès à leur tête, pour tailler en pièces les Éthiopiens, tellement qu'il ne resta

personne de leur côté pour enterrer les morts, tandis que les philosophes de Jérusalem s'applaudissaient

de leur politique, qui, disaient-ils, avait fait par leur diversion lever le siège aux Assyriens?»

L'allusion n'est pas claire; en consultant la Bible on la trouve plus obscure encore. L'auteur avait oublié
les détails du siège de Jérusalem; mais il n'a pas appelé d'Alembert Rabsacès.

On lui en a dit bien d'autres:

«Ne serait-ce pas s'avilir et faire trop d'honneur à cet écrivain que de qualifier en détail toutes ses
contradictions? Un monstre devant un miroir doit avoir horreur de lui-même.»

«L'auteur, disait un autre, est un philosophe qui ose tout contre la vérité et qui, distrait sur son ignorance,
se croit un savant du premier ordre. On pourrait définir son écrit: «Pot-pourri ou Recueil d'invectives

ineptes contre la religion.»

La menace se mêle à l'injure:

«S'il n'est pas chrétien, qu'il ne s'avise pas de le dire; il pourrait bien se faire chasser par le peuple à coups
de pierre.»

D'Alembert n'était pas chrétien, on ne peut le nier; mais, pour le lapider sans crime, il fallait attendre une
condamnation; le supplice sans cela n'aurait pas été régulier.

D'autres, plus modérés, se contentaient de dédaigner son talent littéraire. Dans un pamphlet signalé par
Bachaumont on déclare que chez lui la vérité se montre sans beauté et l'erreur se cache sans finesse. Il

veut être le singe de Pascal, il n'est qu'un Pasquin. Bachaumont ajoute: «Et cela est vrai».

Le nom de l'auteur désintéressé était connu de tous. La mort de Clairaut laissa vacante à l'Académie des
sciences une des places de pensionnaire. D'Alembert, membre de l'Académie depuis vingt-deux ans et

depuis dix ans déjà pensionnaire surnuméraire, ne touchait qu'une partie de la pension. Il avait tous les

droits à remplacer Clairaut; l'usage le désignait, son mérite l'imposait, et l'Académie, par un vote

unanime, le présentait au choix du roi.

L'accueil fait au directeur de l'Académie fut très froid. Le ministre, sans refuser, répondit: «Nous ne
sommes pas contents de M. d'Alembert». On laissa la pension disponible, et l'un des membres de

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