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Joseph Bertrand - D'Alembert

puissantes (Mme de Pompadour) qui n'avaient pas lieu d'attendre d'eux une sévérité si singulière à tant
d'égards. Ce refus indiscret a contribué à précipiter leur ruine. Ainsi ces hommes qu'on avait tant accusés

de morale relâchée et qui ne s'étaient soutenus à la cour que par cette morale même, ont été perdus dès

qu'ils ont voulu, même à leur grand regret, professer le rigorisme. Matière abondante de réflexion et

preuve évidente que les jésuites depuis leur naissance jusqu'à cette époque avaient pris le bon chemin

pour se soutenir, puisqu'ils ont cessé d'être dès qu'ils s'en sont écartés.» «Il est certain, telle est la

conclusion de d'Alembert, que l'anéantissement de la société peut procurer à la raison de grands

avantages, pourvu que l'intolérance janséniste ne succède pas en crédit à l'intolérance jésuitique. Car, on

ne craint pas de l'avancer, entre ces deux sectes l'une et l'autre méchantes et pernicieuses, si on était forcé

de choisir, en leur supposant le même degré de pouvoir, la société qu'on vient d'expulser serait la moins

tyrannique. Les jésuites, gens accommodants pourvu qu'on ne se déclare pas leur ennemi, permettent

assez qu'on pense comme on voudra. Les jansénistes, sans égards comme sans lumières, veulent qu'on

pense comme eux. S'ils étaient les maîtres, ils exerceraient sur les ouvrages, sur les esprits, sur les

discours, sur les moeurs l'inquisition la plus violente.

«Les jésuites étaient des troupes régulières, ralliées et disciplinées sous l'étendard de la superstition.
C'était la phalange macédonienne qu'il importait à la raison d'avoir rompue et détruite. Les jansénistes ne

sont que des cosaques et des pandours dont la raison aura bon marché.»

Impartial comme il l'a promis, d'Alembert est contre tous également implacable.

Le livre sur la destruction des jésuites obtint un grand succès et souleva de violentes colères. L'auteur, s'il
faut en croire Voltaire qui cite de mémoire et invente quelquefois, fut traité d'hyène, de Philistin,

d'Amorrhéen, de bête puante, de Satan et de Rabsacès.

Les pamphlets les plus envenimés ne vivent guère; la trace des invectives disparaît avec eux. La plupart
s'adressaient moins à d'Alembert qu'au parti des philosophes tout entier.

L'yenne du Gévaudan, dit l'auteur anonyme d'une lettre à un ami sur le livre nouveau, a
fait moins de mal que les écrits publiés depuis peu.

L'auteur de la lettre à un ami, qui s'appelait, je crois, le père Guidy, veut parler des écrits
condamnés récemment par l'assemblée générale du clergé (août 1765) dans des termes d'une violence

presque égale:

«Une multitude d'écrivains téméraires, disaient les évêques réunis, ont foulé aux pieds les lois divines et
humaines. Les vérités les plus saintes ont été obscurcies et les principes de la monarchie ébranlés. Rien

n'a été respecté ni dans l'ordre civil, ni dans l'ordre spirituel. La majesté de l'Être suprême et celle des rois

sont outragées et l'on ne peut se dissimuler que dans l'ordre de la foi, dans celui des moeurs, dans l'ordre

même de l'État, l'esprit du siècle semble le menacer d'une révolution qui présage de toutes parts une ruine

et une destruction totale.»

Le clergé voyait juste. Mais l'Encyclopédie dans ses craintes n'occupe qu'une petite part, et le livre sur la
destruction des jésuites était à peine signalé.

Il n'est pas vrai non plus, quoique Voltaire, heureux d'enrichir d'un mot nouveau le sottisier littéraire, l'ait
répété plusieurs fois, que d'Alembert ait été appelé Rabsacès. J'ai trouvé le passage.

D'Alembert avait écrit:

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