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Joseph Bertrand - D'Alembert

par Voltaire en six jours, lui écrit:

«Donnez-nous vite votre oeuvre des six jours, mais ne faites pas comme Dieu et ne vous reposez pas le
septième. Ce n'est point un plat compliment que je prétends vous faire; mais je ne vous dis que ce que j'ai

déjà dit cent fois à d'autres. Vos pièces seules ont du mouvement et de l'intérêt et, ce qui vaut bien cela,

de la philosophie, non pas de la philosophie froide et parlière, mais de la philosophie en action. Je ne

vous demande plus d'échafaud, je sais et je respecte toute la répugnance que vous y avez, quoique depuis

Malagrida les échafauds aient leur mérite.»

A la lueur d'un bûcher le rire devient sinistre; d'Alembert, en l'oubliant, fait penser à ce mot de Grimm:
«Il semble voir des enfants qui jouent avec les instruments du bourreau».

Les jésuites, condamnés, traînaient l'affaire en longueur. «Le gouvernement hésitait. Une circonstance
fortuite précipita leur ruine. On reçut à la fin de mars 1762 la triste nouvelle de la prise de la Martinique

par les Anglais. La prudence du gouvernement voulut prévenir les plaintes qu'une si grande perte devait

causer dans le public. On imagina, pour faire diversion, de donner aux Français un autre objet d'entretien;

comme autrefois Alcibiade avait imaginé de faire couper la queue à son chien pour empêcher les

Athéniens de parler d'affaires plus sérieuses, on déclara donc au principal des jésuites qu'ils n'avaient

plus qu'à obéir au Parlement et à cesser leurs leçons.»

«Il est certain, ajoute d'Alembert, toujours sincère, que la plupart des jésuites, ceux qui dans cette société
comme ailleurs ne se mêlent de rien, et qui y sont en plus grand nombre qu'on ne croit, n'auraient pas dû,

s'il eût été possible, porter la peine des fautes de leurs supérieurs. Ce sont des milliers d'innocents qu'on a

confondus à regret avec une vingtaine de coupables. De plus, ces innocents se trouvaient par malheur les

seuls punis et les seuls à plaindre, car les chefs avaient obtenu par leur crédit des pensions dont ils

pouvaient jouir à leur aise, tandis que la multitude immolée restait sans pain comme sans appui. Tout ce

qu'on a pu alléguer en faveur de l'arrêt général d'expulsion prononcé contre ces pères, c'est le fameux

passage de Tacite au sujet de la loi des Romains qui condamnait à mort tous les esclaves d'une maison

pour le crime d'un seul.

Habet aliquid ex iniquo omne magnum exemplum.

«Tout grand exemple a quelque chose d'injuste.»

Il faut s'y résigner, il y a deux morales, ou, ce qui serait plus triste encore, contre l'intérêt public allégué,
il n'en faut invoquer aucune.

Continuons l'analyse du livre.

«Quelques parlements n'avaient rien prononcé contre l'institut, et les jésuites subsistaient encore en entier
dans une partie de la France. Il y avait lieu d'appréhender qu'au premier signal de ralliement la partie

dispersée, se rejoignant tout à coup à la partie réunie, ne formât une société nouvelle, avant même qu'on

fût en état de la combattre. La sagesse et l'honneur même du gouvernement semblaient exiger que la

jurisprudence à l'égard des jésuites, quelle qu'elle pût être, fût conforme dans tout le royaume. Ces vues

paraissent avoir dicté l'édit par lequel on vient d'abolir la société dans toute l'étendue de la France.»

Tout s'était réuni pour accabler les jésuites et préparer leur ruine. Aux griefs accumulés contre eux ils
avaient ajouté deux fautes capitales. Nous n'en rappelons qu'une.

«Ils avaient refusé, par des motifs de respect humain, de recevoir sous leur direction des personnes

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