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Joseph Bertrand - D'Alembert
intéressantes de Voltaire, s'écriait, quelques années après, dans un réquisitoire demeuré célèbre:
«La société, l'État et la religion se présentent aujourd'hui au tribunal de la justice pour lui porter leurs plaintes. C'est avec douleur que nous sommes contraints de le dire, on ne peut se dissimuler qu'il n'y ait un projet conçu, une société formée pour soutenir le matérialisme, pour détruire la religion, pour inspirer l'indépendance et nourrir la corruption des moeurs.»
Quelques années après, le 8 mars 1759, un arrêt du Conseil supprimait les lettres de privilège accordées pour l'impression de l'Encyclopédie. On avait publié sept volumes.
D'Alembert, fatigué de la lutte et effrayé non sans excellentes raisons, se retira définitivement.
Une lettre adressée à Voltaire fait connaître les motifs d'une résolution qui, malgré les vives instances de Diderot, demeura inébranlable: «Oui, sans doute, mon cher maître, l'Encyclopédie est devenue un ouvrage nécessaire et se perfectionne à mesure qu'elle avance; mais il est devenu impossible de l'achever dans le maudit pays où nous sommes. Les brochures, les libelles, tout cela n'est rien; mais croiriez-vous que tel de ces libelles a été imprimé par des ordres supérieurs dont M. de Malesherbes n'a pu empêcher l'exécution? croiriez-vous qu'une satire atroce contre nous qui se trouve dans une feuille périodique qu'on appelle les Affiches de province a été envoyée de Versailles à l'auteur avec ordre de l'imprimer, et qu'après avoir résisté autant qu'il a pu jusqu'à s'exposer à perdre son gagne-pain, il a enfin imprimé cette satire en l'adoucissant de son mieux? Ce qui en reste, après cet adoucissement fait par la discrétion du prêteur, c'est que nous formons une secte qui a juré la ruine de toute société, de tout gouvernement et de toute morale. Cela est gaillard; mais vous sentez, mon cher philosophe, que si on imprime aujourd'hui de pareilles choses, par ordre exprès de ceux qui ont l'autorité en main, ce n'est pas pour en rester là. Cela s'appelle amasser des fagots au septième volume pour nous jeter dans le feu au huitième. Nous n'avons plus de censeurs raisonnables à espérer, tels que nous en avions eu jusqu'à présent. M. de Malesherbes a reçu là-dessus les ordres les plus précis et en a donné de pareils aux censeurs qu'il a nommés. D'ailleurs, quand nous obtiendrions qu'ils fussent changés, nous n'y gagnerions rien; nous conserverions alors le ton que nous avons pris, et l'orage recommencerait au huitième volume. Il faudrait donc quitter de nouveau, et cette comédie-là n'est pas bonne à jouer tous les six mois. Si vous connaissiez d'ailleurs M. de Malesherbes, si vous saviez combien il a peu de nerf et de consistance, vous seriez convaincu que nous ne saurions compter sur rien avec lui, même après les promesses les plus positives. Mon avis est donc, et je persiste, qu'il faut laisser là l'Encyclopédie et attendre un temps plus favorable (qui ne reviendra peut-être jamais) pour la continuer. S'il était possible qu'elle s'imprimât dans le pays étranger en continuant, comme de raison, à se faire à Paris, je reprendrais mon travail, mais le gouvernement n'y consentira jamais; et, quand il le voudrait bien, est-il possible que l'ouvrage s'imprime à cent ou deux cents lieues des auteurs?
«Pour toutes ces raisons, je persiste en ma thèse.»
Il laissa Diderot terminer sans lui le monument plus vaste que grand, plus vite oublié que les promesses auxquelles on continuait à croire.
D'Alembert a écrit en traçant son propre portrait:
«Impatient et colère jusqu'à la violence, tout ce qui le contrarie, tout ce qui le blesse, fait sur lui une impression vive, dont il n'est pas le maître.»
Ce jugement est confirmé par les détails d'une affaire peu connue, celle du jésuite Tolomas, membre de
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