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Joseph Bertrand - D'Alembert
philosophie et sur son système du monde, d'Alembert est bien loin de vouloir l'amoindrir. Sa méthode aurait suffi pour le rendre immortel.
«Cet homme rare, dit-il, dont la fortune a tant varié en moins d'un siècle, avait tout ce qu'il fallait pour changer la face de la philosophie. Une imagination forte, un esprit très conséquent, des connaissances puisées dans lui-même plus que dans les livres, beaucoup de courage pour combattre les préjugés les plus généralement reçus et aucune espèce de dépendance qui le forçât à les ménager. Aussi éprouva-t-il, de son vivant même, ce qui arrive, pour l'ordinaire, à tout homme qui prend un ascendant trop marqué sur les autres, il fit quelques enthousiastes et eut beaucoup d'ennemis. Soit qu'il connût sa nation, soit qu'il s'en défiât seulement, il s'était réfugié dans un pays entièrement libre pour y méditer plus à son aise. Quoiqu'il pensât beaucoup moins à faire des disciples qu'à les mériter, la persécution alla le chercher dans sa retraite, et la vie cachée qu'il menait ne put l'y soustraire. Malgré toute la sagacité qu'il avait employée pour prouver l'existence de Dieu, il fut accusé de la nier par des ministres qui, peut-être, n'y croyaient pas. Tourmenté et calomnié par des étrangers et assez mal accueilli par ses compatriotes, il alla mourir en Suède, bien éloigné sans doute à s'attendre au succès brillant que ses opinions eurent un jour.
«On peut considérer Descartes comme géomètre ou comme philosophe. Les mathématiques, dont il semble avoir fait assez peu de cas, font néanmoins aujourd'hui la partie la plus solide et la moins contestée de sa gloire. La géométrie, qui, par sa nature, doit toujours gagner sans perdre, ne pouvait manquer, étant maniée par un si grand génie, de faire des progrès très sensibles et apparents pour tout le monde. La philosophie se trouvait dans un état très différent. Tout y était à commencer; et que ne coûtent point les premiers pas en tout genre! Le mérite de les faire dispense de celui d'en faire de grands.»
Osons pénétrer et traduire la pensée de d'Alembert.
Les éloquentes rêveries de Platon et la savante logique d'Aristote avaient laissé tout à faire en philosophie. On doit à Descartes un premier pas, il est petit et l'on attend encore le second.
Chez un esprit habitué à exiger la rigueur, un tel jugement n'a rien qui doive surprendre. Mais pourquoi tant écrire alors sur la philosophie?
Les pages sur Newton, quoique belles, ne sont pas dignes d'un tel sujet. D'Alembert aurait eu bonne grâce à s'incliner plus profondément devant son véritable maître.
Lorsque, pressé par les limites nécessaires de son oeuvre, il salue rapidement les grands hommes en les jugeant d'un seul mot, ce mot n'est pas toujours heureux:
«Galilée, à qui la géographie doit tant pour ses découvertes astronomiques, et la mécanique pour sa théorie de l'accélération.»
Il y avait plus et mieux à dire sur l'adversaire victorieux du système de Ptolémée.
«Huygens, qui par ses ouvrages pleins de force et de génie a su bien mériter de la géométrie et de la physique.»
Le lecteur, s'il ne le sait déjà, peut-il deviner, dans ce savant qui mérite bien de la science, le génie immortel que dans son enfance on nommait Archimède et dont la longue carrière a justifié ce glorieux surnom.
«Pascal, auteur d'un traité sur la cycloïde....»
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