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Joseph Bertrand - D'Alembert

cette dernière raison est plus que suffisante pour nous déterminer à faire ici abstraction de la chaleur
solaire, car, comme il n'est pas possible de calculer avec quelque exactitude les mouvements qu'elle peut

occasionner dans l'atmosphère, il faut nécessairement reconnaître que la théorie des vents n'est

susceptible d'aucun degré de perfection de ce côté-là.» Ces lignes contiennent une déclaration de

principes bien dangereuse pour les progrès de la physique. Bien éloigné de vouloir approfondir les causes

cachées, d'Alembert n'accepte que des problèmes bien nets et bien purs, dont l'énoncé permette une

solution exacte et achevée; non content de négliger ce qui est petit et sans influence sensible, il écarte

avec dédain tout ce qui, lui semblant mal connu et mal déterminé, diminue la précision et la beauté du

problème. C'est la même tendance qui plus tard et dans un autre ordre d'idées devait le conduire à

restreindre, jusqu'à l'annuler, le champ de la métaphysique et de la philosophie.

Malgré l'habileté qu'il y déploie, l'insuffisance de la théorie de d'Alembert est visible d'ailleurs au premier
coup d'oeil: la grandeur et la direction actuelle des vents dépendraient en effet, suivant elle, aujourd'hui

encore, de l'état initial des couches atmosphériques, sans que les frottements et les chocs renouvelés

depuis le commencement du monde en aient dissipé l'influence. Le prix accordé à d'Alembert fut-il donc

le résultat d'une méprise, et le titre de membre de l'Académie de Berlin était-il immérité? Il y aurait

grande injustice à le croire. Dans l'ouvrage sur la cause des vents on reconnaît à chaque page le grand

géomètre profondément instruit de la science du mouvement et capable d'ouvrir des voies nouvelles. De

tels essais précèdent les chefs-d'oeuvre et les préparent, parce qu'ils perfectionnent l'instrument des

recherches en enseignant à le manier avec plus d'élégance et de sûreté.

D'Alembert, suivant les conséquences de son principe de dynamique, en a fait l'application à la théorie de
la précession des équinoxes, et son livre sur ce sujet difficile suffirait pour le rendre immortel.

Les pôles de la terre, à moins de chocs que rien ne fait prévoir dans l'avenir et que rien ne prouve dans le
passé, sont immobiles à la surface; ceux du ciel, au contraire, se déplacent sans cesse par rapport aux

étoiles fixes. C'est la grande découverte d'Hipparque. Le pôle, autour duquel semble tourner le ciel,

parcourt un petit cercle dont le rayon mesure 23° 1/2 et, s'avançant de 50" environ par an, en fera le tour

en vingt-six mille ans. L'équateur, perpendiculaire à la ligne des pôles, tourne nécessairement avec elle;

en vertu de cette rotation, il coupe le plan écliptique, qui est fixe, en des points variables. Ces points sont

les équinoxes, qui comme le pôle, par conséquent, accompliront leur révolution en vingt-six mille

années.

Les observations astronomiques confirment la prédiction hardie du grand astronome de l'antiquité. Les
siècles succèdent aux siècles et l'équinoxe continue sa marche uniforme. Quelle force produit et règle son

mouvement? La question pour Képler n'aurait pas eu de sens. Heureux et fier de pénétrer le mécanisme

du monde, il n'avait pas l'audace de chercher les causes. Newton a révélé le ressort; c'est à la mécanique à

en chercher les effets. La terre chaque année tourne autour du soleil. C'est qu'elle est attirée par lui; sans

cette attraction insuffisante à les réunir, animés par les vitesses acquises, les deux corps s'éloigneraient

indéfiniment. Le soleil, en attirant la terre, n'est pas la cause de la rotation qui produit les jours et les

nuits; il ne pourrait, si la terre était homogène et sphérique, ni l'accélérer ni la ralentir. Mais sur un globe

aplati et hétérogène l'action est déviée et, ne s'exerçant pas exactement vers le centre, produit une rotation

qui déplace chaque jour d'une quantité inappréciable aux observations la position de l'axe du monde.

Newton a signalé cette cause incontestée du phénomène. D'Alembert l'a soumise au calcul. Écoutons

Laplace, en pareille matière le grand juge. «La découverte de ces résultats, dit-il après avoir expliqué le

détail du phénomène, était au temps de Newton au-dessus des moyens de l'analyse et de la mécanique; il

fallait en inventer de nouveaux. L'honneur de cette invention était réservé à d'Alembert. Un an et demi

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