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Joseph Bertrand - D'Alembert
Les maladies du corps sont l'image des maladies de l'âme, c'est-à-dire des péchés; les guérisons miraculeuses que Dieu opère des maladies du corps sont l'image de celles qu'il opère dans nos âmes.
La conséquence est évidente: Dieu quelquefois convertit un pécheur en un moment par un coup extraordinaire de sa grâce, mais cela arrive aussi rarement dans cette lie des siècles, qu'il arrivait fréquemment dans l'Église naissante.
Dans les efforts que fait un pécheur pour rompre ses liens et ses mauvaises habitudes, l'âme souffre des espèces de convulsions dont celles des corps malades dans le cimetière de Saint-Médard ne sont aujourd'hui que l'image.
Le père Quesnel a dit:
«On ne sait ce que c'est que le péché et la vraie pénitence, quand on veut être rétabli d'abord dans la possession des biens dont le péché nous a dépossédés et qu'on ne veut pas porter la confusion de cette séparation»; et là-dessus les deux partis triomphaient, car cette maxime, acceptée par les appelants et favorable aux miracles lentement accomplis, est la quatre-vingt-huitième proposition condamnée par la bulle.
Les miracles du démon sont des crimes. Ceux qui en profitent méritent la mort, et la responsabilité s'étend fort loin.
Toute la postérité d'Aman fut pendue comme lui, et les enfants des accusateurs de Daniel furent jetés avec eux dans la fosse aux lions.
La peine est portée plus loin parmi les Chinois: les mandarins sont déposés en même temps que leurs parents sont punis lorsqu'il se consomme quelque grand crime, comme quand les enfants ont dit des injures à leurs pères. Sur ce pied, la punition des convulsionnaires irait bien loin, puisque leur état criminel est injurieux à Dieu, le père de tous les chrétiens.
L'ironie est une arme puissante. On lisait beaucoup en 1735 Cartouche, ou le Scélérat sans reproche par la grâce du père Quesnel.
Cartouche est un honnête homme, un fort honnête homme, en un mot un homme irréprochable, et ceux qui en jugent autrement sont obligés en conscience d'abjurer le père Quesnel ou de faire réparation à Cartouche. Pourquoi le blâmer? Pouvait-il, si la grâce lui a manqué, se défendre des crimes dont il était tenté? car les commandements sont impossibles à qui les transgresse.
«Un jour, dit la Correspondance de Grimm, le cardinal de Rochechouart, ambassadeur de France à Rome, entre chez le pape Benoît XIV avec un visage fort allongé: «Eh bien, qu'y a-t-il, monsieur l'ambassadeur? lui dit-il. - Je viens de recevoir la nouvelle, lui dit l'ambassadeur, que l'archevêque de Paris est de nouveau exilé. - Et toujours pour cette bulle? demande le pape. - Hélas! oui, Saint-Père. - Cela me rappelle, reprend le pontife, une aventure du temps de ma légation à Bologne. Deux sénateurs prirent querelle sur la prééminence du Tasse sur l'Arioste. Celui qui tenait pour l'Arioste reçut un bon coup d'épée dont il mourut. J'allai le voir dans ses derniers moments: «Est-il possible, me dit-il, qu'il faille périr dans la force de l'âge pour l'Arioste que je n'ai jamais lu!»
C'est à Benoît XIV si peu confiant dans les lumières des défenseurs de la bulle, que Voltaire a dédié sa tragédie de Mahomet, pour l'examen de laquelle, par une fantaisie singulière de M. d'Argenson,
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