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D'Alembert

Joseph Bertrand

 

CHAPITRE I. L'ENFANCE DE D'ALEMBERT
CHAPITRE II. D'ALEMBERT ET L'ACADÉMIE DES SCIENCES
CHAPITRE III. D'ALEMBERT ET L'ENCYCLOPÉDIE
CHAPITRE IV. D'ALEMBERT ET L'ACADÉMIE FRANÇAISE
CHAPITRE V. D'ALEMBERT ET LA SUPPRESSION DES JÉSUITES
CHAPITRE VI. D'ALEMBERT ET FREDERIC
CHAPITRE VII. D'ALEMBERT ET MADEMOISELLE DE LESPINASSE
CHAPITRE VIII. DEUX PORTRAITS

 

CHAPITRE I. L'ENFANCE DE D'ALEMBERT

Leibniz, dit-on, ne faisait cas de la science que parce qu'elle lui donnait le droit d'être écouté quand il
parlait de philosophie et de religion. L'idée certes est généreuse et digne de son grand esprit, mais si tous

ceux qui abordent ces hautes questions devaient commencer par être des Leibniz, ils deviendraient

singulièrement rares. Quelque haut d'ailleurs qu'ils fussent placés, leurs discours éloquents ou vulgaires,

orthodoxes ou hérétiques, vaudraient seulement par eux-mêmes et nullement par le nom de l'auteur. Les

plus illustres sur ce terrain sont les égaux des plus humbles, et l'autorité n'y peut être acceptée dans

aucune mesure. Que les luthériens ne triomphent donc pas pour avoir compté dans leurs rangs Képler et

Leibniz, car les catholiques leur opposeraient Descartes et Pascal, et si ces grands hommes se sont

hautement déclarés chrétiens, on pourrait, parmi les penseurs les plus libres et les sceptiques les plus

hardis, citer des génies du même ordre, au premier rang desquels se place d'Alembert.

Le nom de d'Alembert rappelle aux géomètres l'émule de Clairaut et d'Euler, le prédécesseur de Lagrange
et de Laplace, le successeur d'Huygens et de Newton; d'Alembert est, pour les lettrés, l'orateur spirituel,

dont l'éloquence toujours prête fut, pendant un quart de siècle, pour deux Académies, le plus grand attrait

des séances solennelles.

Les curieux d'anecdotes littéraires savent ses relations avec un grand homme et avec un grand roi, qu'il
osait, tout en les respectant et les aimant, et sans méconnaître l'honneur de leur amitié, contredire

souvent, blâmer quelquefois et conseiller avec une indépendante sagesse.

A la fin comme au commencement de sa vie, la destinée de d'Alembert le mit en lutte avec le malheur.
Vainqueur dans son enfance, il a su, par la force de son caractère et la grâce de son esprit, triompher

d'une situation difficile et cruelle. Brisé par le chagrin aux approches de la vieillesse, il a courbé

tristement la tête et, sans accepter les consolations de l'amitié ni se soucier des distractions de la gloire,

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