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Jean Racine - Phedre

Cet Hippolyte...

PHEDRE
Ah, dieux !

OENONE
Ce reproche vous touche.

PHEDRE
Malheureuse, quel nom est sorti de ta bouche ?

OENONE
Hé bien ! votre colère éclate avec raison :
J'aime à vous voir frémir à ce funeste nom.

Vivez donc. Que l'amour, le devoir vous excite,

Vivez, ne souffrez pas que le fils d'une Scythe,

Accablant vos enfants d'un empire odieux,

Commande au plus beau sang de la Grèce et des Dieux.

Mais ne différez point : chaque moment vous tue.

Réparez promptement votre force abattue,

Tandis que de vos jours, prêts à se consumer,

Le flambeau dure encore, et peut se rallumer.

PHEDRE
J'en ai trop prolongé la coupable durée.

OENONE
Quoi ? de quel remords êtes-vous déchirée ?
Quel crime a pu produire un trouble si pressant ?

Vos mains n'ont point trempé dans le sang innocent ?

PHEDRE
Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles.
Plût aux Dieux que mon coeur fût innocent comme elles !

OENONE
Et quel affreux projet avez-vous enfanté,
Dont votre coeur encor doive être épouvanté ?

PHEDRE
Je t'en ai dit assez. Epargne-moi le reste.
Je meurs pour ne point faire un aveu si funeste.

OENONE
Mourez donc, et gardez un silence inhumain ;
Mais pour fermer vos yeux cherchez une autre main.

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