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Jean Racine - Phedre

C'est mon dessein : tu peux l'en avertir.
Voyons-la, puisqu'ainsi mon devoir me l'ordonne.

Mais quel nouveau malheur trouble sa chère OEnone ?

SCENE II - HIPPOLYTE, OENONE, THERAMENE


OENONE

Hélas ! Seigneur, quel trouble au mien peut être égal ?
La Reine touche presque à son terme fatal.

En vain à l'observer jour et nuit je m'attache :

Elle meurt dans mes bras d'un mal qu'elle me cache.

Un désordre éternel règne dans son esprit.

Son chagrin inquiet l'arrache de son lit.

Elle veut voir le jour ; et sa douleur profonde

M'ordonne toutefois d'écarter tout le monde...

Elle vient.

HIPPOLYTE
Il suffit : je la laisse en ces lieux,
Et ne lui montre point un visage odieux.

SCENE III - PHEDRE, OENONE


PHEDRE

N'allons point plus avant. Demeurons, chère OEnone.
Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne.

Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,

Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.

Hélas !

OENONE
Dieux tout-puissants ! que nos pleurs vous apaisent.

PHEDRE
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !
Quelle importune main, en formant tous ces noeuds,

A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ?

Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.

OENONE
Comme on voit tous ses voeux l'un l'autre se détruire !
Vous-même, condamnant vos injustes desseins,

Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ;

Vous-même, rappelant votre force première,

Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière.

Vous la voyez, madame, et prête à vous cacher,

Vous haïssez le jour que vous veniez chercher ?

PHEDRE
Noble et brillant auteur d'une triste famille,

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