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Jean Racine - Phedre
Ne souviendrait-il plus à mes sens égarés De l'obstacle éternel qui nous a séparés ? Mon père la réprouve ; et par des lois sévères Il défend de donner des neveux à ses frères : D'une tige coupable il craint un rejeton ; Il veut avec leur soeur ensevelir leur nom, Et que jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle, Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle. Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ? Donnerai-je l'exemple à la témérité ? Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée...
THERAMENE Ah ! Seigneur si votre heure est une fois marquée, Le Ciel de nos raisons ne sait point s'informer. Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer, Et sa haine, irritant une flamme rebelle, Prête à son ennemie une grâce nouvelle. Enfin d'un chaste amour pourquoi vous effrayer ? S'il a quelque douceur, n'osez-vous l'essayer ? En croirez-vous toujours un farouche scrupule ? Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule ? Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés ! Vous-même où seriez-vous, vous qui la combattez, Si toujours Antiope à ses lois opposée, D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée ? Mais que sert d'affecter un superbe discours ? Avouez-le, tout change ; et depuis quelques jours On vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage, Tantôt faire voler un char sur le rivage, Tantôt, savant dans l'art par Neptune inventé, Rendre docile au frein un coursier indompté. Les forêts de nos cris moins souvent retentissent. Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent. Il n'en faut point douter : vous aimez, vous brûlez ; Vous périssez d'un mal que vous dissimulez. La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ?
HIPPOLYTE Théramène, je pars, et vais chercher mon père.
THERAMENE Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir, Seigneur ?
HIPPOLYTE
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