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Jean Racine - Phedre

C'est moi qui sur ce fils chaste et respectueux
Osai jeter un oeil profane, incestueux.

Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste ;

La détestable OEnone a conduit tout le reste.

Elle a craint qu'Hippolyte, instruit de ma fureur,

Ne découvrît un feu qui lui faisait horreur.

La perfide, abusant de ma faiblesse extrême,

S'est hâtée à vos yeux de l'accuser lui-même.

Elle s'en est punie, et fuyant mon courroux,

A cherché dans les flots un supplice trop doux.

Le fer aurait déjà tranché ma destinée ;

Mais je laissais gémir la vertu soupçonnée.

J'ai voulu, devant vous exposant mes remords,

Par un chemin plus lent descendre chez les morts.

J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veines

Un poison que Médée apporta dans Athènes.

Déjà jusqu'à mon coeur le venin parvenu

Dans ce coeur expirant jette un froid inconnu ;

Déjà je ne vois plus qu'à travers un nuage

Et le ciel, et l'époux que ma présence outrage ;

Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,

Rend au jour, qu'ils souillaient, toute sa pureté.

PANOPE
Elle expire, Seigneur.

THESEE
D'une action si noire
Que ne peut avec elle expirer la mémoire !

Allons, de mon erreur, hélas, trop éclaircis,

Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils.

Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste,

Expier la fureur d'un voeu que je déteste.

Rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités ;

Et pour mieux apaiser ses mânes irrités,

Que malgré les complots d'une injuste famille,

Son amante aujourd'hui me tienne lieu de fille.

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