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Jean Racine - Phedre

Craignez, Seigneur, craignez que le ciel rigoureux
Ne vous haïsse assez pour exercer vos voeux.

Souvent dans sa colère il reçoit nos victimes ;

Ses présents sont souvent la peine de nos crimes.

THESEE
Non, vous voulez en vain couvrir son attentat.
Votre amour vous aveugle en faveur de l'ingrat.

Mais j'en crois des témoins certains, irréprochables :

J'ai vu, j'ai vu couler des larmes véritables.

ARICIE
Prenez garde, Seigneur. Vos invincibles mains
Ont de monstres sans nombre affranchi les humains ;

Mais tout n'est pas détruit, et vous en laissez vivre

Un... Votre fils, Seigneur, me défend de poursuivre.

Instruite du respect qu'il veut vous conserver,

Je l'affligerais trop si j'osais achever.

J'imite sa pudeur, et fuis votre présence

Pour n'être pas forcée de rompre le silence.

SCENE IV - THESEE


THESEE

Quelle est donc sa pensée ? et que cache un discours
Commencé tant de fois, interrompu toujours ?

Veulent-ils m'éblouir par une feinte vaine ?

Sont-ils d'accord pour me metre à la gêne; ?

Mais moi-même, malgré ma sévère rigueur,

Quelle plaintive voix crie au fond de mon coeur ?

Une pitié secrète et m'afflige et m'étonne.

Une seconde fois interrogeons OEnone.

Je veux de tout le crime être mieux éclairci.

Gardes ! qu'OEnone sorte, et vienne seule ici.

SCENE V - THESEE, PANOPE


PANOPE

J'ignore le projet que la reine médite,
Seigneur. Mais je crains tout du transport qui l'agite.

Un mortel désespoir sur son visage est peint ;

La pâleur de la mort est déjà sur son teint.

Déjà, de sa présence avec honte chassée,

Dans la profonde mer OEnone s'est lancée.

On ne sait point d'où part ce dessein furieux ;

Et les flots pour jamais l'ont ravie à nos yeux.

THESEE
Qu'entends-je ?

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