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Jean Racine - Phedre
Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre. L'occasion est belle, il la faut embrasser. Quelle peur vous retient ? Vous semblez balancer ? Votre seul intérêt m'inspire cette audace. Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ? Sur les pas d'un banni craignez-vous de marcher ?
ARICIE Hélas ! qu'un tel exil, Seigneur, me serait cher ! Dans quels ravissements, à votre sort liée, Du reste des mortels je vivrais oubliée ! Mais n'étant point liés par un lien si doux, Me puis avec honneur dérober avec vous ? Je sais que sans blesser l'honneur le plus sévère, Je me puis affranchir des mains de votre père : Ce n'est point m'arracher du sein de mes parents, Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans. Mais vous m'aimez, Seigneur ; et ma gloire; alarmée...
HIPPOLYTE Non, non, j'ai trop de soin de votre renommée. Un plus noble dessein m'amène devant vous : Fuyez vos ennemis, et suivez votre époux. Libres dans nos malheurs, puisque le ciel l'ordonne, Le don de notre foi ne dépend de personne. L'hymen n'est point toujours entouré de flambeaux. Aux portes de Trézène, et parmi ces tombeaux, Des princes de ma race antiques sépultures, Est un temple sacré formidable aux parjures. C'est là que les mortels n'osent jurer en vain : Le perfide y reçoit un châtiment soudain ; Et craignant d'y trouver la mort inévitable, Le mensonge n'a point de frein plus redoutable. Là, si vous m'en croyez, d'un amour éternel Nous irons confirmer le serment solennel. Nous prendrons à témoin le Dieu qu'on y révère ; Nous le prîrons tous deux de nous servir de père. Des Dieux les plus sacrés j'attesterai le nom. Et la chaste Diane, et l'auguste Junon, Et tous les dieux enfin, témoins de mes tendresses, Garantiront la foi de mes saintes promesses.
ARICIE Le Roi vient. Fuyez, Prince, et partez promptement. Pour cacher mon départ je demeure un moment. Allez, et laissez-moi quelque fidèle guide,
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