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Jean Racine - Phedre
Jamais mon triste coeur n'a recueilli le fruit. Jusqu'au dernier soupir, de malheurs poursuivie, Je rends dans les tourments une pénible vie.
OENONE Hé ! repoussez, Madame, une injuste terreur. Regardez d'un autre oeil une excusable erreur. Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée. Par un charme fatal vous fûtes entraînée. Est-ce donc un prodige inouï parmi nous ? L'amour n'a-t-il encor triomphé que de vous ? La faiblesse aux humains n'est que trop naturelle. Mortelle, subissez le sort d'une mortelle. Vous vous plaignez d'un joug imposé dès longtemps : Les Dieux même, les Dieux, de l'Olympe habitants, Qui d'un bruit si terrible épouvantent les crimes, Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes.
PHEDRE Qu'entends-je ! Quels conseils ose-t-on me donner ? Ainsi donc jusqu'au bout tu veux m'empoisonner. Malheureuse ! Voilà comme tu m'as perdue. Au jour que je fuyais c'est toi qui m'as rendue. Tes prières m'ont fait oublier mon devoir. J'évitais Hippolyte, et tu me l'as fait voir. De quoi te chargeais-tu ? Pourquoi ta bouche impie A-t-elle, en l'accusant, osé noircir sa vie ? Il en mourra peut-être, et d'un père insensé Le sacrilège voeu peut-être est exaucé. Je ne t'écoute plus. Va-t-en, monstre exécrable, Va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable. Puisse le juste ciel dignement te payer ; Et puisse ton supplice à jamais effrayer Tous ceux qui, comme toi, par de lâches adresses, Des princes malheureux nourrissent les faiblesses, Les poussent au penchant où leur coeur est enclin, Et leur osent du crime aplanir le chemin ; Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colère céleste !
OENONE
, seule.
Ah, Dieux ! pour la servir j'ai tout fait, tout quitté ; Et j'en reçois ce prix ? Je l'ai bien mérité.
ACTE V - - -
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