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Jean Racine - Phedre
Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois ? Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée, Voudrait-elle à la fin justifier Thésée ? Et vous mettant au rang du reste des mortels, Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels ? Aimeriez-vous, Seigneur ?
HIPPOLYTE Ami, qu'oses-tu dire ? Toi qui connais mon coeur depuis que je respire, Des sentiments d'un coeur si fier, si dédaigneux, Peux-tu me demander le désaveu honteux ? C'est peu qu'avec son lait une mère amazone M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne ; Dans un âge plus mûr moi-même parvenu, Je me suis applaudi quand je me suis connu. Attaché près de moi par un zèle sincère, Tu me contais alors l'histoire de mon père. Tu sais combien mon âme, attentive à ta voix, S'échauffait au récit de ses nobles exploits, Quand tu me dépeignais ce héros intrépide Consolant les mortels de l'absence d'Alcide, Les monstres étouffés et les brigands punis, Procuste, Cercyon, et Scirron, et Sinnis, Et les os dispersés du géant d'Epidaure, Et la Crète fumant du sang du Minotaure. Mais quand tu récitais des faits moins glorieux, Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux, Hélène à ses parents dans Sparte dérobée, Salamine témoin des pleurs de Péribée, Tant d'autres, dont les noms lui sont même échappés, Trop crédules esprits que sa flamme a trompés ; Ariane aux rochers contant ses injustices, Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices ; Tu sais comme à regret écoutant ce discours, Je te pressais souvent d'en abréger le cours : Heureux si j'avais pu ravir à la mémoire Cette indigne moitié d'une si belle histoire ! Et moi-même, à mon tour, je me verrais lié ? Et les Dieux jusque-là m'auraient humilié ? Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable, Qu'un long amas d'honneurs rend Thésée excusable, Qu'aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui Ne m'ont acquis le droit de faillir comme lui. Quand même ma fierté pourrait s'être adoucie, Aurais-je pour vainqueur dû choisir Aricie ?
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