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Jean Racine - Phedre

Vous me parlez toujours d'inceste et d'adultère !
Je me tais. Cependant Phèdre sort d'une mère,

Phèdre est d'un sang, Seigneur, vous le savez trop bien,

De toutes ces horreurs plus rempli que le mien.

THESEE
Quoi ! ta rage à mes yeux perd toute retenue ?
Pour la dernière fois, ôte-toi de ma vue.

Sors, traître. N'attends pas qu'un père furieux

Te fasse avec opprobre arracher de ces lieux.

SCENE III - THESEE


THESEE

Misérable, tu cours à ta perte infaillible.
Neptune, par le fleuve aux Dieux mêmes terrible,

M'a donné sa parole, et va l'exécuter.

Un Dieu vengeur te suit, tu ne peux l'éviter.

Je t'aimais ; et je sens que malgré ton offense,

Mes entrailles pour toi se troublent par avance.

Mais à te condamner tu m'as trop engagé.

Jamais père en effet fut-il plus outragé ?

Justes Dieux, qui voyez la douleur qui m'accable,

Ai-je pu mettre au jour un enfant si coupable ?

SCENE IV - PHEDRE, THESEE


PHEDRE

Seigneur, je viens à vous, pleine d'un juste effroi.
Votre voix redoutable a passé jusqu'à moi.

Je crains qu'un prompt effet n'ai suivi la menace.

S'il en est temps encore, épargnez votre race,

Respectez votre sang, j'ose vous en prier.

Sauvez-moi de l'horreur de l'entendre crier ;

Ne me préparez point la douleur éternelle

De l'avoir fait répandre à la main paternelle.

THESEE
Non, Madame, en mon sang ma main n'a point trempé ;
Mais l'ingrat toutefois ne m'est point échappé.

Une immortelle main de sa perte est chargée.

Neptune me la doit, et vous serez vengée.

PHEDRE
Neptune vous la doit ! Quoi ? vos voeux irrités...

THESEE
Quoi ! craignez-vous déjà qu'ils ne soient écoutés ?
Joignez-vous bien plutôt à mes voeux légitimes.

Dans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes ;

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