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Jean Racine - Phedre
Il fallait, en fuyant, ne pas abandonner Le fer qui dans ses mains aide à te condamner ; Ou plutôt il fallait, comblant ta perfidie, Lui ravir tout d'un coup la parole et la vie.
HIPPOLYTE D'un mensonge si noir justement irrité, Je devrais faire ici parler la vérité, Seigneur. Mais je supprime un secret qui vous touche. Approuvez le respect qui me ferme la bouche ; Et sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis, Examinez ma vie, et songez qui je suis. Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. Quiconque a pu franchir les bornes légitimes Peut violer enfin les droits les plus sacrés ; Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés, Et jamais on n'a vu la timide innocence Passer subitement à l'extrême licence. Un jour seul ne fait point d'un mortel vertueux Un perfide assassin, un lâche incestueux. Elevé dans le sein d'une chaste héroïne, Je n'ai point de son sang démenti l'origine. Pitthée, estimé sage entre tous les humains, Daigna m'instruire encore au sortir de ses mains. Je ne veux point me peindre avec trop d'avantage ; Mais si quelque vertu m'est tombée en partage, Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater La haine des forfaits qu'on ose m'imputer. C'est par là qu'Hippolyte est connu dans la Grèce. J'ai poussé la vertu jusques à la rudesse. On sait de mes chagrins l'inflexible rigueur. Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur. Et l'on veut qu'Hippolyte, épris d'un feu profane...
THESEE Oui, c'est ce même orgueil, lâche, qui te condamne. je vois de tes froideurs le principe odieux. Phèdre seule charmait tes impudiques yeux. Et pour tout autre objet ton âme indifférente Dédaignait de brûler d'une flamme innocente.
HIPPOLYTE Non, mon père, ce coeur (c'est trop vous le celer) N'a point d'un chaste amour dédaigné de brûler. Je confesse à vos pieds ma véritable offense : J'aime, j'aime, il est vrai, malgré votre défense.
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