|
Jean Racine - Phedre
N'osez-vous confier ce secret à ma foi ?
THESEE Perfide, oses-tu bien te montrer devant moi ? Monstre, qu'a trop longtemps épargné le tonnerre, Reste impur des brigands dont j'ai purgé la terre ! Après que le transport d'un amour plein d'horreur Jusqu'au lit de ton père a porté sa fureur, Tu m'oses présenter une tête ennemie, Tu parais dans des lieux pleins de ton infamie, Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu, Des pays où mon nom ne soit pas parvenu. Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine, Et tenter un courroux que je retiens à peine. C'est bien assez pour moi de l'opprobre éternel D'avoir pu mettre au jour un fils si criminel, Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire, De mes nobles travaux vienne souiller la gloire;. Fuis, et si tu ne veux qu'un chatîment soudain T'ajoute aux scélérats qu'a punis cette main, Prends garde que jamais l'astre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire. Fuis, dis-je, et sans retour précipitant tes pas, Se ton horrible aspect purge tous mes états. Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage D'infâmes assassins nettoya ton rivage, Souviens-toi que pour prix de mes efforts heureux, Tu promis d'exercer le premier de mes voeux. Dans les longues rigueurs d'une prison cruelle Je n'ai point imploré ta puissance immortelle. Avare du secours que j'attends de tes soins, Mes voeux t'ont réservé pour de plus grans besoins. Je t'implore aujourd'hui. Venge un malheureux père. J'abandonne ce traître à toute ta colère. Etouffe dans son sang ses désirs effrontés. Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés.
HIPPOLYTE D'un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte ! Un tel excés d'horreur rend mon âme interdite ; Tant de coups imprévus m'accablent à la fois Qu'ils m'ôtent la parole et m'étouffent la voix.
THESEE Traître, tu prétendais qu'en un lâche silence Phèdre ensevelirait ta brutale insolence.
|