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Jean Racine - Phedre

Tous les liens du sang n'ont pu le retenir !
Et Phèdre différait à le faire punir !

Le silence de Phèdre épargnait le coupable !

OENONE
Phèdre épargnait plutôt un père déplorable.
Honteuse du dessein d'un amant furieux

Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux,

Phèdre mourait, Seigneur, et sa main meurtière

Eteignait de ses yeux l'innocente lumière.

J'ai vu lever le bras, j'ai couru la sauver.

Moi seule à votre amour j'ai su la conserver ;

Et, plaignant à la fois son trouble et vos alarmes,

J'ai servi malgré moi d'interprète à ses larmes.

THESEE
Le perfide ! Il n'a pu s'empêcher de pâlir.
De crainte, en m'abordant, je l'ai vu tressaillir.

Je me suis étonné de son peu d'allégresse,

Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse.

Mais ce coupable amour dont il est dévoré

Dans Athènes déjà s'était-il déclaré ?

OENONE
Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la Reine.
Un amour criminel causa toute sa haine.

THESEE
Et ce feu dans Trézène a donc recommencé ?

OENONE
Je vous ai dit, Seigneur, tout ce qui s'est passé.
C'est trop laisser la Reine à sa douleur mortelle ;

Souffrez que je vous quitte et me range auprès d'elle.

SCENE II - THESEE, HIPPOLYTE


THESEE

Ah ! le voici. Grands Dieux ! à ce noble maintien
Quel oeil ne serait pas trompé comme le mien ?

Faut-il que sur le front d'un profane adultère

Brille de la vertu le sacré caractère ?

Et ne devrait-on pas à des signes certains

Reconnaître le coeur des perfides humains ?

HIPPOLYTE
Puis-je vous demander quel funeste nuage,
Seigneur, a pu troubler votre auguste visage ?

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