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Jean Racine - Phedre
Et losrque avec transport je pense m'approcher De tout ce que les Dieux m'ont laissé de plus cher ; Que dis-je ? Quand mon âme, à moi-même rendue, Vient se rassasier d'une si chère vue, Je n'ai pour tout accueil que des frémissements : Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements. Et moi-même, éprouvant la terreur que j'inspire, Je voudrais être encor dans les prisons d'Epire. Parlez. Phèdre se plaint que je suis outragé. Qui m'a trahi ? Pourquoi ne suis-je pas vengé ? La Grèce, à qui mon bras fut tant de fois utile, A-t-elle au criminel accordé quelque asile ? Vous ne répondez point. Mon fils, mon propre fils Est-il d'intelligence avec mes ennemis ? Entrons. C'est trop garder un doute qui m'accable. Connaissons à la fois le crime et le coupable. Que Phèdre explique enfin le trouble où je la voi.
SCENE VI - HIPPOLYTE, THERAMENE HIPPOLYTE Où tendait ce discours qui m'a glacé d'effroi ? Phèdre, toujours en proie à sa fureur extrême, Veut-elle s'accuser et se perdre elle-même ! Dieux ! que dira le Roi ! Quel funeste poison L'amour a répandu sur toute sa maison ! Moi-même, plein d'un feu que sa haine réprouve, Quel il m'a vu jadis, et quel il me retrouve ! De noirs pressentiments viennent m'épouvanter. Mais l'innocence enfin n'a rien à redouter. Allons, cherchons ailleurs par quelle heureuse adresse Je pourrai de mon père émouvoir la tendresse, Et lui dire un amour qu'il peut vouloir troubler, Mais que tout son pouvoir ne saurait ébranler.
ACTE IV - - - -
SCENE I - THESEE, OENONE THESEE Ah ! qu'est-ce que j'entends ? Un traître, un téméraire Préparait cet outrage à l'honneur de son père ? Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis ! Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis. O tendresse ! ô bonté trop mal récompensée ! Projet audacieux ! détestable pensée ! Pour parvenir au but de ses noires amours, L'insolent de la force empruntait le secours. J'ai reconnu le fer, instrument de sa rage, Ce fer dont je l'armai pour un plus noble usage.
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