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Jean Racine - Phedre
Je ne la cherchais pas. C'est vous qui sur ces bords conduisites ses pas. Vous daignâtes, Seigneur, aux rives de Trézène Confier en partant Aricie et la Reine : Je fus même chargé du soin de les garder. Mais quels soins désormais peuvent me retarder ? Assez dans les forêts mon oisive jeunesse Sur de vils ennemis a montré son adresse. Ne pourrai-je, en fuyant un indigne repos, D'un sang plus glorieux teindre mes javelots ? Vous n'aviez pas encore atteint l'âge où je touche, Déjà plus d'un tyran, plus d'un monstre farouche Avait de votre bras senti la pesanteur ; Déjà, de l'insolent heureux persécuteur, Vous aviez des deux mers assuré les rivages, Le libre voyageur ne craignait plus d'outrages, Hercule, respirant sur le bruit de vos coups, Déjà de son travail se reposait sur vous. Et moi, fils inconnu d'un si glorieux père, Je suis même encor loin des traces de ma mère. Souffrez que mon courage ose enfin s'occuper. Souffrez, si quelque monstre a pu vous échapper, Que j'apporte à vos pieds sa dépouille honorable ; Ou que d'un beau trépas la mémoire durable, Eternisant des jours si noblement finis, Prouve à tout l'univers que j'étais votre fils.
THESEE Que vois-je ? Quelle horreur dans ces lieux répandue Fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ? Si je reviens si craint et si peu désiré, O ciel ! de ma prison pourquoi m'as-tu tiré ? Je n'avais qu'un ami. Son impudente flamme Du tyran de l'Epire allait ravir la femme ; Je servais à regret ses desseins amoureux ; Mais le sort irrité nous aveuglait tous deux. Le tyran m'a surpris sans défense et sans armes. J'ai vu Pirithoüs, triste objet de mes larmes, Livré par ce barbare à des monstres cruels Qu'il nourrissait du sang des malheureux mortels. Moi-même, il m'enferma dans des cavernes sombres, Lieux profonds, et voisins de l'empire des ombres. Les Dieux, après six mois, enfin m'ont regardé : J'ai su tromper les yeux de qui j'étais gardé. D'un perfide ennemi j'ai purgé la nature ; A ses monstres lui-même a servi de pâture ;
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