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Jean Racine - Phedre

Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir.

THERAMENE
Hé ! depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence
De ces paisibles lieux, si chers à votre enfance,

Et dont je vous ai vu préférer le séjour

Au tumulte pompeux d'Athènes et de la cour ?

Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ?

HIPPOLYTE
Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face
Depuis que sur ces bords les Dieux ont envoyé

La fille de Minos et de Pasiphaé.

THERAMENE
J'entends. De vos douleurs la cause m'est connue,
Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue.

Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit

Que votre exil d'abord signala son crédit.

Mais sa haine sur vous autrefois attachée,

Ou s'est évanouie, ou bien s'est relâchée.

Et d'ailleurs, quels périls peut vous faire courir

Une femme mourante et qui cherche à mourir ?

Phèdre, atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire,

Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclaire,

Peut-elle contre vous former quelques desseins ?

HIPPOLYTE
Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains.
Hippolyte en partant fuit une autre ennemie.

Je fuis, je l'avoûrai, cette jeune Aricie,

Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

THERAMENE
Quoi ! vous-même, Seigneur, la persécutez-vous ?
Jamais l'aimable soeur des cruels Pallantides

Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides ?

Et devez-vous haïr ces innocents appas ?

HIPPOLYTE
Si je la haïssais, je ne la fuirais pas.

THERAMENE
Seigneur, m'est-il permis d'expliquer votre fuite ?
Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte,

Implacable ennemi des amoureuses lois,

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