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Jean Racine - Phedre
Mais quelque juste orgueil qu'inspire un sang si beau, Le crime d'une mère est un pesant fardeau. Je tremble qu'un discours, hélas ! trop véritable, Un jour ne leur reproche une mère coupable. Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux L'un ni l'autre jamais n'ose lever les yeux.
OENONE Il n'en faut point douter, je les plains l'un et l'autre ; Jamais crainte ne fut plus juste que la vôtre. Mais à de tels affronts pourquoi les exposer ? Pourquoi contre vous-même allez-vous déposer ? C'en est fait : on dira que Phèdre, trop coupable, De son époux trahi fuit l'aspect redoutable. Hippolyte est heureux qu'aux dépens de vos jours Vous-même en expirant appuyez ses discours. A votre accusateur que pourrai-je répondre ? Je serai devant lui trop facile à confondre. De son triomphe affreux je le verrai jouir, Et conter votre honte à qui voudra l'ouïr. Ah ! que plutôt du ciel la flamme me dévore ! Mais ne me trompez point, vous est-il cher encore ? De quel oeil voyez-vous ce prince audacieux ?
PHEDRE Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeux.
OENONE Pourquoi donc lui céder une victoire entière ? Vous le craignez. Osez l'accuser la première Du crime dont il peut vous charger aujourd'hui. Qui vous démentira ? Tout parle contre lui : Son épée en vos mains heureusement laissée, Votre trouble présent, votre douleur passée, Son père par vos cris dès longtemps prévenu, Et déjà son exil par vous-même obtenu.
PHEDRE Moi, que j'ose opprimer et noircir l'innocence !
OENONE Mon zèle n'a besoin que de votre silence. Tremblante comme vous, j'en sens quelque remords. Vous me verriez plus prompte affronter mille morts. Mais puisque je vous perds sans ce triste remède, Votre vie est pour moi d'un prix à qui tout cède.
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