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Jean Racine - Phedre

Quand je me meurs !

OENONE
Fuyez.

PHEDRE
Je ne le puis quitter.

OENONE
Vous l'osâtes bannir, vous n'osez l'éviter.

PHEDRE
Il n'est plus temps. Il sait mes ardeurs insensées.
De l'austère pudeur les bornes sont passées.

J'ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur,

Et l'espoir, malgré moi, s'est glissé dans mon coeur.

Toi-même, rappelant ma force défaillante,

Et mon âme déjà sur mes lèvres errante,

Par tes conseils flatteurs tu m'as su ranimer.

Tu m'as fait entrevoir que je pouvais l'aimer.

OENONE
Hélas ! de vos malheurs innocente ou coupable,
De quoi pour vous sauver n'étais-je point capable ?

Mais si jamais l'offense irrita vos esprits,

Pouvez-vous d'un superbe oublier les mépris ?

Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée

Vous laissait à ses pieds peu s'en faut prosternée !

Que son farouche orgueil le rendait odieux !

Que Phèdre en ce moment n'avait-elle mes yeux !

PHEDRE
OEnone, il peut quitter cet orgueil qui te blesse.
Nourri dans les forêts, il en a la rudesse.

Hippolyte, endurci par de sauvages lois,

Entend parler d'amour pour la première fois.

Peut-être sa surprise a causé son silence,

Et nos plaintes peut-être ont trop de violence.

OENONE
Songez qu'une barbare en son sein l'a formé.

PHEDRE
Quoique Scythe et barbare, elle a pourtant aimé.

OENONE

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