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Jean Racine - Phedre
THERAMENE Cependant un bruit sourd veut que le Roi respire. On prétend que Thésée a paru dans l'Epire. Mais moi qui l'y cherchai, Seigneur, je sais trop bien...
HIPPOLYTE N'importe, écoutons tout, et ne négligeons rien. Examinons ce bruit, remontons à sa source. S'il ne mérite pas d'interrompre ma course, Partons ; et quelque prix qu'il en puisse coûter, Mettons le sceptre aux mains dignes de le porter.
ACTE III - - - -
SCENE I - PHEDRE, OENONE PHEDRE Ah ! que l'on porte ailleurs les honneurs qu'on m'envoie. Importune, peux-tu souhaiter qu'on me voie ? De quoi viens-tu flatter mon esprit désolé ? Cache-moi bien plutôt, je n'ai que trop parlé. Mes fureurs au-dehors ont osé se répandre. J'ai dit ce que jamais on ne devait entendre. Ciel ! comme il m'écoutait ! Par combien de détours L'insensible a longtemps éludé mes discours ! Comme il ne respirait qu'une retraite prompte ! Et combien sa rougeur a redoublé ma honte ! Pourquoi détournais-tu mon funeste dessein ? Hélas ! quand son épée allait chercher mon sein, A-t-il pâli pour moi ? me l'a-t-il arrachée ? Il suffit que ma main l'ait une fois touchée, Je l'ai rendue horrible à ses yeux inhumains ; Et ce fer malheureux profanerait ses mains.
OENONE Ainsi dans vos malheurs ne songeant qu'à vous plaindre, Vous nourrissez un feu qu'il vous faudrait éteindre. Ne vaudrait-il pas mieux, digne sang de Minos, Dans de plus nobles soins chercher votre repos, Contre un ingrat qui plaît recourir à la fuite, Régner, et de l'Etat embrasser la conduite ?
PHEDRE Moi régner ! Moi ranger un Etat sous ma loi, Quand ma faible raison ne règne plus sur moi ! Lorsque j'ai de mes sens abandonné l'empire ! Quand sous un joug honteux à peine je respire !
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