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Jean Racine - Phedre

Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.

Voilà mon coeur. C'est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d'expier son offense,

Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.

Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m'envie un supplice si doux,

Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,

Au défaut de ton bras prête-moi ton épée.

Donne.

OENONE
Que faites-vous, Madame ? Justes Dieux !
Mais on vient. Evitez des témoins odieux ;

Venez, rentrez, fuyez une honte certaine.

SCENE VI - HIPPOLYTE, THERAMENE


THERAMENE

Est-ce Phèdre qui fuit, ou plutôt qu'on entraîne ?
Pourquoi, Seigneur, pourquoi ces marques de douleur ?

Je vous vois sans épée, interdit, sans couleur ?

HIPPOLYTE
Théramène, fuyons. Ma surprise est extrême.
Je ne puis sans horreur me regarder moi-même.

Phèdre... Mais non, grands Dieux ! qu'en un profond oubli

Cet horrible secret demeure enseveli.

THERAMENE
Si vous voulez partir, la voile est préparée.
Mais Athènes, Seigneur, s'est déjà déclarée.

Ses chefs ont pris les voix de toutes ses tribus.

Votre frère l'emporte, et Phèdre a le dessus.

HIPPOLYTE
Phèdre ?

THERAMENE
Un héraut chargé des volontés d'Athènes
De l'Etat en ses mains vient remettre les rênes.

Son fils est roi, Seigneur.

HIPPOLYTE
Dieux, qui la connaissez,
Est-ce donc sa vertu que vous récompensez ?

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