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Jean Racine - Phedre
Mon fils n'a plus de père, et le jour n'est pas loin Qui de ma mort encor doit le rendre témoin. Déjà mille ennemis attaquent son enfance ; Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense. Mais un secret remords agite mes esprits. Je crains d'avoir fermé votre oreille à ses cris. Je tremble que sur lui votre juste colère Ne poursuive bientôt une odieuse mère.
HIPPOLYTE Madame, je n'ai point des sentiments si bas.
PHEDRE Quand vous me haïriez, je ne m'en plaindrais pas, Seigneur. Vous m'avez vue attachée à vous nuire ; Dans le fond de mon coeur vous ne pouviez pas lire. A votre inimitié j'ai pris soin de m'offrir. Aux bords que j'habitais je n'ai pu vous souffrir. En public, en secret, contre vous déclarée, J'ai voulu par des mers en être séparée ; J'ai même défendu par une expresse loi Qu'on osât prononcer votre nom devant moi. Si pourtant à l'offense on mesure la peine, Si la haine peut seule attirer votre haine, Jamais femme ne fut plus digne de pitié, Et moins digne, Seigneur, de votre inimitié.
HIPPOLYTE Des droits de ses enfants une mère jalouse Pardonne rarement au fils d'une autre épouse. Madame, je le sais. Les soupçons importuns Sont d'un second hymen les fruits les plus communs. Toute autre aurait pour moi pris les mêmes ombrages, Et j'en aurais peut-être essuyé plus d'outrages.
PHEDRE Ah ! Seigneur, que le Ciel, j'ose ici l'attester, De cette loi commune a voulu m'excepter ! Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore !
HIPPOLYTE Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore. Peut-être votre époux voit encore le jour ; Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. Neptune le protège, et ce Dieu tutélaire Ne sera pas en vain imploré par mon père.
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