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Jean Racine - Phedre
De moi, Seigneur ?
HIPPOLYTE Je sais, sans vouloir me flatter, Qu'une superbe loi semble me rejeter. La Grèce me reproche une mère étrangère. Mais si pour concurrent je n'avais que mon frère, Madame, j'ai sur lui de véritables droits Que je saurais sauver du caprice des lois. Un frein plus légitime arrête mon audace : Je vous cède, ou plutôt je vous rends une place, Un sceptre que jadis vos aïeux ont reçu De ce fameux mortel que la terre a conçu. L'adoption le mit entre les mains d'Egée. Athènes, par mon père accrue et protégée, Reconnut avec joie un roi si généreux, Et laissa dans l'oubli vos frères malheureux. Athènes dans ses murs maintenant vous rappelle. Assez elle a gémi d'une longue querelle, Assez dans ses sillons votre sang englouti A fait fumer le champ dont il était sorti. Trézène m'obéit. Les campagnes de Crète Offrent au fils de Phèdre une riche retraite. L'Attique est votre bien. Je pars et vais pour vous Réunir tous les voeux partagés entre nous.
ARICIE De tout ce que j'entends étonnée et confuse, Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse. Veillé-je ? Puis-je croire un semblable dessein ? Quel Dieu, Seigneur, quel Dieu l'a mis dans votre sein ? Qu'à bon droit votre gloire; en tous lieux est semée ! Et que la vérité passe la renommée ! Vous-même en ma faveur vous voulez vous trahir ! N'était-ce pas assez de ne me point haïr ? Et d'avoir si longtemps pu défendre votre âme De cette inimitié...
HIPPOLYTE Moi, vous haïr, Madame ? Avec quelques couleurs qu'on ait peint ma fierté, Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté ? Quelles sauvages moeurs, quelle haine endurcie Pourrait, en vous voyant, n'être point adoucie ? Ai-je pu résister au charme décevant...
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