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Jean Racine - Phedre
ARICIE Dit-on quelle aventure a terminé ses jours ?.
ISMENE On sème de sa mort d'incroyables discours. On dit que ravisseur d'une amante nouvelle Les flots ont englouti cet époux infidèle. On dit même, et ce bruit est partout répandu, Qu'avec Pirithoüs aux enfers descendu, Il a vu le Cocyte et les rivages sombres, Et s'est montré vivant aux infernales ombres ; Mais qu'il n'a pu sortir de ce triste séjour, Et repasser les bords qu'on passe sans retour.
ARICIE Croirai-je qu'un mortel avant sa dernière heure Peut pénétrer des morts la profonde demeure ? Quel charme l'attirait sur ces bords redoutés ?
ISMENE Thésée est mort, Madame, et vous seule en doutez : Athènes en gémit, Trézène en est instruite, Et déjà pour son roi reconnaît Hippolyte. Phèdre, dans ce palais, tremblante pour son fils, De ses amis troublés demande les avis.
ARICIE Et tu crois que pour moi plus humain que son père, Hippolyte rendra ma chaîne plus légère ? Qu'il plaindra mes malheurs ?
ISMENE Madame, je le croi.
ARICIE L'insensible Hippolyte est-il connu de toi ? Sur quel frivole espoir penses-tu qu'il me plaigne, Et respecte en moi seule un sexe qu'il dédaigne ? Tu vois depuis quel temps il évite nos pas, Et cherche tous les lieux où nous ne sommes pas.
ISMENE Je sais de ses froideurs tout ce que l'on récite ; Mais j'ai vu près de vous ce superbe Hippolyte ; Et même, en le voyant, le bruit de sa fierté A redoublé pour lui ma curiosité.
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